Considéré comme le meilleur joueur de l’histoire du football danois, l’ancien N°10 est unanimement reconnu comme un génie du ballon rond. Retour sur la carrière d’un magicien du football :

Pas facile d’être un « fils de ». En particulier, dans le football. Une lourde pression, bien souvent médiatique, s’accumule sur les frêles épaules des héritiers. Compliqué de faire aussi bien que le paternel. De nombreux exemples illustrent cette difficulté : de Jordi Cruyff en passant par Thibault Giresse ou encore Enzo Zidane. La liste est longue.

Débuts précoces

Mais pas pour Michael Laudrup, ni plus tard pour son frère Brian. Pourtant, la famille Laudrup est déjà bien connue au Danemark. Leur père Finn a porté les couleurs de la sélection nationale à dix-neuf reprises entre 1967 et 1979. Et leur oncle Ebbe Skovdahl est un entraîneur réputé, notamment avec Brøndby.

À 7 ans, le jeune Michael débute le football. Il tape ses premiers ballons sous le maillot de Vanløse IF. Ensuite, son parcours épouse celui de son père encore en activité comme entraîneur-joueur. D’abord à Brøndby pendant deux ans. Puis au Kjøbenhavns Boldklub devenu depuis FC Copenhague. L’Ajax Amsterdam tente de le recruter à 13 ans. En vain, l’adolescent veut d’abord faire ses armes au pays avant l’exil à l’étranger. Après quatre saisons avec les jeunes, il débute en pro en 1981. Il n’est âgé que de 17 ans. Sa carrière est lancée.

Premiers succès

Avec 14 matchs et 3 buts au compteur avec son club (le KB), il attire rapidement les convoitises. Brøndby le rapatrie au bercail. Il rejoint donc les Drengene Fra Vestegnen pour la seconde fois. Pour son premier match sous ses nouvelles couleurs, il signe un doublé lors de la victoire 7-1 contre le club d’Odense. Il participe activement à la montée du club parmi l’élite en inscrivant 15 buts. Élu Joueur danois de l’année 1982, il fait ses premiers pas en D1 avant d’être vendu à la Juventus en 1983 pour 1,5M€ (record de transfert pour un joueur danois à l’époque). Pourtant, Liverpool devait le recruter mais :

« J’avais conclu un accord pour un contrat de trois ans avec les représentants de Liverpool. Dans ma tête, c’était fait. Quelques jours après, ils sont revenus avec la même offre, mais portant sur quatre ans en disant que j’étais très jeune et que j’avais besoin de temps pour me développer. J’étais déçu et j’ai décidé de ne pas rejoindre le club. On n’avait rien signé, mais un accord est un accord. Les gens doivent se tenir à ce qu’ils décident. » – Michael Laudrup

Cependant, il ne porte pas tout de suite le célébrissime maillot bianconero. Dans les années 80, les clubs européens ne peuvent compter plus de deux joueurs étrangers dans leur effectif. Et aussi talentueux soit Michael, dur de piquer la place à Zbigniew Boniek ou à Michel Platini. Il rejoint alors la Lazio, tout juste promue en Serie A.

Son séjour dans la capitale se passe bien. Mais sans faire d’étincelles non plus. Les résultats de cette Lazio sont peu enthousiasmants. Après avoir échappé de peu à la relégation, la sanction tombe à l’issue de sa seconde saison romaine. Entre temps, Boniek a libéré sa place en rejoignant la Roma. Laudrup retourne donc dans le Piémont.

Pour sa première saison à Turin avec la Vecchia Signora, il inaugure son palmarès en remportant le Scudetto et la coupe Intercontinentale à Tokyo contre Argentinos Juniors (2-2, 4-2 tab). D’ailleurs, si Laudrup marque le second but juventino, il rate sa tentative lors de la séance de tirs au but. Sans conséquence.

La suite de son aventure italienne est moins brillante. Malgré de grandes prédispositions pour la création du jeu, une élégance rare, une polyvalence appréciable (il pouvait aussi bien jouer meneur de jeu avancé ou reculé, second attaquant, ailier ou même milieu axial), un sens de la passe et du dribble, une rapidité d’action et de décision, une technique remarquable, Laudrup ne rayonne pas à la hauteur de son immense talent.

Très souvent blessé lors de la saison 1986/87, le départ à la retraite de Platoche laisse la Juve orpheline. Laudrup doit assurer la succession. Mais son association avec Ian Rush patine. Ses stats aussi. Et Michel Platini a une explication sur le sujet :

« Le meilleur du monde à l’entraînement, mais il n’a jamais exploité toutes ses qualités pendant les matchs. Michael avait tout, sauf une chose : il n’était pas assez égoïste … »

Le renouveau en Espagne

Après six ans en Italie, Johan Cruyff himself le recrute au Barça. Et le Flying Dutchman va tirer avantage du manque d’égoïsme de Laudrup pour le transformer en pourvoyeur de passes décisives. Tout au long de son aventure catalane, il alimente en caviar Hristo Stoitchkov et Romário. Sous les ordres du génie batave, le talent du scandinave va éclater à la face de l’Espagne et de l’Europe. Pour Laudrup, la philosophie de Cruyff et sa perception du jeu ont été très importantes pour son développement.

Le Barça devient la Dream Team. Avec José Mari Bakero, Txiki Begiristain, Pep Guardiola et Ronald Koeman, les Blaugranas collectionnent les titres : champion d’Espagne en 1991, 1992, 1993 et 1994, coupe d’Espagne en 1990, super coupe d’Espagne en 1991 et 1992, champion d’Europe en 1992, super coupe d’Europe en 1992.

Michael Laudrup et Johan Cruyff : football plaisir.

Cependant, l’arrivée de Romário le pousse petit à petit vers la touche en raison de la limitation du nombre d’étrangers. Il est celui qui fait le plus souvent les frais du turn-over. L’épisode de la finale de Ligue des Champions 1994 illustre bien cela. Contraint à assister au match dans les tribunes, son absence est une bénédiction pour le Milan (vainqueur 4-0) et Fabio Capello :

« Laudrup était le joueur que je craignais le plus et Cruyff a fait l’erreur de le laisser en tribune. »

Lassé de ne pas jouer assez et pressentant une fin de cycle au Barça, Michael Laudrup cherche un nouveau défi à sa mesure. Des offres ne tardent pas à lui parvenir. Mais il ne veut pas quitter la péninsule ibérique. Son choix, sulfureux, fait la une de la presse. Direction le Real Madrid. L’ennemi juré du Barça. Le danois explique les raisons de ce départ mouvementé vers les Merengues :

« Les gens disent que je voulais aller au Real Madrid juste pour me venger. Je dis vengeance de quoi ? J’ai passé un moment parfait; cinq années fantastiques à Barcelone. Je suis allé à Madrid parce qu’ils avaient tellement faim de gagner qu’ils avaient quatre ou cinq joueurs qui allaient à la Coupe du Monde. J’ai dit que ce serait parfait, un nouvel entraîneur, de nouveaux joueurs, avides de gagner. »

Et il ne s’est pas trompé. Dès sa première saison, il remporte à nouveau la Liga aux côtés de Luis Enrique, Fernando Hierro, Raúl, Fernando Redondo ou Iván Zamorano. La cinquième couronne consécutive. Une première dans l’histoire du championnat espagnol. D’ailleurs, comme un symbole, il prend part à la manita (5-0) infligée aux catalans vengeant l’humiliation vécue (sur le même score) par les Madridistes la saison précédente et dont Laudrup avait été l’un des acteurs sous le maillot blaugrana. À ce propos, le journaliste anglais Daniel Storey écrit :

« Aucun autre joueur n’est aimé des deux côtés du clásico comme Laudrup. »

Les attaquants du Real se régalent avec Laudrup. Iván Zamorano est sacré « Pichichi » en 1995 avec 27 buts. Le « Made in Laudrup » se popularise encore un peu plus. Ses nombreuses passes aveugles déstabilisent toutes les défenses du Royaume. Tout au long de sa carrière, son nombre d’assists a presque toujours été le plus élevé de son équipe.

« Michael était un magicien et l’un des plus grands joueurs de tous les temps. Je dis toujours que Laudrup avait trois yeux, pas deux comme tout le monde. En tant qu’attaquant, je devais être tout le temps attentif, parce qu’il pouvait te créer une occasion à partir de rien et que tu devais être préparé pour ce moment. » – Iván Zamorano

La fin de carrière

À 32 ans, et après deux saisons dans la capitale espagnole, Laudrup surprend en s’engageant avec le Vissel Kobe (nouveau club japonais de Andrés Iniesta). L’objectif est de promouvoir l’équipe en J League. Au bout d’une saison et après avoir acquis la montée, il retourne en Europe.

Il signe en faveur de l’Ajax Amsterdam. Avec les Lanciers dirigés par Morten Olsen et les autres joueurs Nordisk : Jari Litmanen et Ole Tobiasen, il étoffe son palmarès d’un titre de champion des Pays-Bas en marquant 11 buts en 21 apparitions. Il termine à 34 ans donc sa carrière en beauté sur ce nouveau trophée. Après sa retraite, Laudrup rechausse parfois les crampons avec l’équipe de Lyngby’s Old Boys. Et il se dirige vers une carrière d’entraîneur.

« Dans les années 60, le meilleur était Pelé. Dans les années 70, c’était Cruyff. Dans les années 80, c’était Maradona. Et dans les années 90, c’est Laudrup. » – Franz Beckenbauer

Avec les De Rød-Hvide

Appelé dès 1980 chez les différentes équipes juniors du Danemark, il débute avec la sélection nationale en 1982 à l’occasion de son 18ème anniversaire. Pour sa première cape, il inscrit un but lors de la victoire de son pays sur la Norvège à Oslo (1-2).

Ensuite, il participe à diverses compétitions internationales comme les Euros 1984, 1988 et 1996 et comme les Coupes du Monde 1986 et 1998. Il s’illustre notamment au Mexique pour la première participation des danois en inscrivant un magnifique but contre l’Uruguay (6-1) après un effort en solo et un slalom mémorable entre plusieurs défenseurs dont le gardien de la Celeste. Suite à cette compétition, ils gagnent leur surnom de Danish Dynamite.

Cependant, en raison de divergences avec le sélectionneur (Richard Møller Nielsen) de l’époque, il n’est pas appelé pour participer à l’Euro 1992 en Suède. Suite à l’exclusion de la Yougoslavie (guerre) du tournoi, les danois sont repêchés par l’UEFA. Les joueurs, en vacances quelques jours avant, viennent sans pression. Ils réalisent l’exploit de remporter l’édition. Un Laudrup est titré. Ce n’est pas Michael. Mais son frère cadet Brian.

Finalement, Michael revient sur sa décision. Il réintègre la sélection en août 1993. Il remporte son unique titre avec son pays lors de la Coupe du Roi Fahd (ancienne version de la Coupe des Confédérations en 1995). Il se retire après un match de légende entre le Danemark et le Brésil (défaite 2-3) lors de la Coupe du Monde en France. 

Michael Laudrup face à Rivaldo pour son dernier match international, balle au pied toujours élégant avec son numéro 10 et brassard de capitaine.

« C’était le dernier match de ma carrière. Mais c’était aussi l’un des meilleurs, voire le meilleur. » – Michael Laudrup

Reconversion

Suite à sa retraite sportive, il reste dans le monde du football. Comme d’autres anciens joueurs, il s’installe sur le banc. Pour sa première expérience, il devient l’adjoint du sélectionneur Morten Olsen (son ancien coach à l’Ajax) jusqu’à la Coupe du Monde 2002. Après avoir appris son nouveau métier pendant deux ans, il vole enfin de ses propres ailes.

Nommé n°1 à Brøndby, il choisit d’appliquer un schéma tactique proche de celui prôné par Olsen en sélection. Il se sépare de joueurs plus âgés pour laisser le champ libre aux jeunes pousses du club. Le succès est immédiat (champion en 2005, coupe du Danemark en 2003 et 2005 et super coupe du Danemark en 2002).

Ensuite, il retourne en Espagne. Dans la banlieue madrilène. À Getafe. Si le club n’a pas un grand standing, l’expérience est bonne avec une finale de Coupe du Roi (perdue contre Valence) et un quart de finale de la Coupe UEFA (éliminés en prolongation contre le Bayern Munich). Au delà des résultats, les Azulones produisent un football offensif et fluide. Pourtant, il démissionne au bout d’une seule saison.

Annoncé dans divers clubs (Barcelone,  Benfica, Blackburn Rovers, Chelsea, CSKA Moscou, Panathinaikos, Valence et West Ham United), il rejoint finalement le Spartak Moscou. En Russie, c’est la Bérézina. Viré seulement après sept mois, il pense rebondir immédiatement. En contact avancé avec l’Atlético de Madrid, il ne parvient pas à trouver un accord.

Et après un peu plus d’un an sans banc, il reprend du service à Majorque. Dans un club exsangue financièrement, il réussit à sauver les Bermellones de la relégation. Mais il démissionne suite au licenciement de son adjoint Erik Larsen. Les mauvaises relations avec le directeur du football Lorenzo Serra Ferrer seraient également les raisons de ce départ des Baléares.

En juin 2012, Swansea le recrute. Laudrup découvre alors l’intensité de la Premier League. Son aventure anglaise ne dure pas bien longtemps. Pourtant, il réussit à décrocher le premier trophée de l’histoire des Swans en remportant la League Cup contre Bradford (5-0). Mais il est renvoyé après une mauvaise série en championnat.

Malgré de nombreuses sollicitations, il choisit l’exil doré au Qatar avec Lekhwiya puis avec Al-Rayyan. D’après l’intéressé, la fin de sa carrière d’entraîneur pourrait intervenir rapidement. Info ou intox. Selon la presse, il aurait même refusé le poste au Real. À suivre.

« J’avais déjà dit que j’étais dans la partie finale de ma carrière. Ce travail au Qatar sera mon dernier. Quand j’ai quitté le football en 1998, je n’aurai jamais pensé que je coacherai aussi longtemps.» – Michael Laudrup


Article rédigé par @FriulConnection.

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