Alors que la majorité des noms qui y figureraient ne faisait guère de doute, certains autres étaient soumis à incertitudes suite aux blessures des uns, méformes des autres ou simplement à la concurrence. Le sélectionneur Graham Potter a fait ses choix et divulgué une liste de 26 joueurs pour la Coupe du Monde avec des cadres indiscutables, mais un banc qui fait débat.

Nous l’avions appris plus tôt dans la journée : Hugo Larsson, 25 rencontres disputées en Bundesliga avec l’Eintracht Francfort cette saison, a été prévenu par l’ancien entraîneur de Chelsea qu’il ne serait pas du voyage en Amérique cet été. Une première surprise qui en appelait d’autres, mais qui pose également question. Alors qu’il semblait promis à devenir un cadre de la nouvelle génération Blågult, le milieu de terrain de 21 ans n’était déjà plus en odeur de sainteté sous le mandat de Jon Dahl Tomasson. Le voilà qui, après être resté sur le banc lors des deux rencontres de barrages, sort du groupe au pire moment. Qu’a-t-il bien pu se passer pour lui en interne ? Problème d’investissement ? De comportement ? De compatibilité tactique ? Apparemment très touché, le garçon a peut-être eu des réponses à ces questions lors du coup de fil fatidique. Reste à savoir s’il pourra réintégrer le projet national pour les prochaines échéances.
Bien connu du public français, le nom de Sebastian Nanasi était au centre des débats ces derniers jours. Présent dans les listes idéales de certains observateurs et consultants, absent dans d’autres, le milieu offensif du Racing Club de Strasbourg ne figure en tout cas pas dans celle du sélectionneur anglais. Victime d’une gestion discutable et d’un temps de jeu limité dans le club alsacien, l’ancien du Malmö FF a d’abord connu blessure et difficultés à retrouver son meilleur niveau lors de cet exercice. Il a ensuite été l’un des plus convaincants et décisifs au sein de l’effectif strasbourgeois, cumulant 7 buts et 4 passes décisives en 32 apparitions. Souvent comparé à Emil Forsberg au pays, il paye sans doute ses difficultés au duel et un profil moins adapté à l’animation pensée par Potter. Un constat que l’on pourrait étendre à Roony Bardghji et Williot Swedberg. La pépite du Barça, qui avait pourtant obtenu un peu de temps de jeu et un titre de champion en Catalogne, n’est pas retenue, faisant grincer des dents ses aficionados. Le joueur, boudeur pour être resté sur le banc malgré la qualification en mars (ce qui n’a évidemment pas joué en sa faveur), a répondu par un message sur ses réseaux. Quant à Swedberg, n’ayant connu qu’une sélection jusque là, en 2024, il ne figurait pas parmi les favoris, mais ses prestations au Celta Vigo pouvaient légitimement l’amener dans la course.

Frustration également pour le latéral gauche Samuel Dahl. Bien installé au Benfica, celui-ci doit s’avouer vaincu face à la concurrence au poste sans doute le mieux garni de la sélection. Gabriel Gudmundsson, très bon lors des barrages et titulaire indiscutable à Leeds en sera. Tout comme Daniel Svensson, couteau suisse du Borussia Dortmund, capable d’évoluer à gauche, donc, mais aussi au milieu et à droite, comme face à la Pologne en mars dernier. Révélation de l’Allsvenskan, titré avec Mjällby, Elliot Stroud sera une alternative percutante en sortie de banc. Enfin, Graham Potter a décidé de ne pas convoquer Dejan Kulusevski. L’ailier de Tottenham aurait été d’une grande aide en pleine possession de ses moyens, mais tout juste remis d’une grave blessure, il n’a pas joué depuis un an et sa condition ne lui permet sans doute pas de prendre la place d’un élément plus en jambes.
Du côté des présents, on note le virevoltant Taha Ali (27 ans). Habitué aux couloirs du Malmö FF, il aura sans doute la responsabilité de débloquer, si besoin, des fins de matchs par ses dribbles chaloupés et accélérations soudaines. Même zone d’activité et même âge pour Alexander Bernhardsson, 2 buts et 9 passes décisives avec le Holstein Kiel en 2. Bundesliga cette saison. Le vétéran Ken Sema, 32 ans pour 32 sélections, fait son retour pour apporter sa bonne humeur, sa puissance et son abnégation. Après un nombre incalculable de rendez-vous manqués pour blessures et autres couacs, Eric Smith devrait enfin avoir son heure ! Le défenseur ou milieu axial de 29 ans de Sankt Pauli a notamment l’habitude d’évoluer dans une défense à trois, système que semble privilégier le technicien britannique. L’attaquant Gustaf Nilsson, lui, n’a que très peu joué cette année au Club Bruges, mais reste dans les élus derrière les indéboulonnables Isak, Gyökeres et Nygren.
Parmi les satisfactions des barrages, Gustaf Lagerbielke est bien là en défense. Il devrait y être titulaire avec Isak Hien, de retour de blessure, et l’expérimenté Victor Lindelöf. Starfelt, sur le flanc depuis le dernier rassemblement, devrait être apte également. Hjalmar Ekdal complète le secteur. Au milieu, Yasin Ayari, Karlström, Bergvall, Svanberg et Zeneli se partageront deux places, tandis qu’Emil Holm, lui aussi touché par de nombreux pépins physiques, devrait bien tenir le couloir droit derrière Elanga. Une nouvelle à ne pas sous-estimer. Enfin, interrogation dans les cages puisque Zetterström et Johansson sont de retour après que Nordfelt a disputé les barrages.

Le constat semble clair. Le patron de la sélection fait le choix du volume, de la percussion, de la vitesse, plutôt que de la finesse technique, de la qualité de passe et de conservation. On peut donc s’attendre à un jeu direct, vertical. Avec des soldats comme Sema ou Bernhardsson, Potter compte sur des hommes sûrement moins talentueux que Bardghji ou Nanasi, mais dévoués au collectif, qui ne lâcheront rien, iront au but et au combat quoi qu’il en coûte. Il établit également une hiérarchie bien définie, s’évitant une potentielle guéguerre d’égos entre jeunes ambitieux. En revanche, en se privant du Barcelonais et du Strasbourgeois, mais aussi de Larsson, Swedberg ou Dahl, il se passe d’éléments clinquants d’une génération dont la Suède espère beaucoup. Et cela pourrait laisser des traces. Dans le contexte d’une qualification miraculeuse qui lui offre une immunité temporaire, ces préférences ne feront qu’animer les discussions autour du fika dans les chaumières du royaume. Mais si l’aventure devait mal tourner, le choix des ingrédients dans la recette du sélectionneur sera revu au Graham près !
Photo à la une : Instagram Swemnt
