Le jour où Tuva Hansen a tout oublié, sauf son envie de gagner

Sur les terrains, Tuva Hansen incarne la rigueur, l’énergie et le leadership. Mais derrière le sourire, la Norvégienne de 27 ans cache une blessure invisible : un passé dont elle ne garde presque aucun souvenir.

Un choc et tout s’efface

Tout bascule en 2013. Lors d’un match avec la sélection nationale U17, Hansen, alors âgée de 15 ans, subit un violent choc à la tête. Elle s’effondre puis perd connaissance. Le staff médical craint une fracture du crâne. Finalement, ce n’est « que » une commotion cérébrale, mais ses conséquences seront autrement plus profondes. Peu à peu, Tuva se rend compte qu’elle ne se souvient plus de son enfance. Les anniversaires, les vacances, les moments avec sa famille, tout a disparu. Même ses premiers pas dans le football – là où d’autres évoquent avec émotion leurs premiers contrats ou leurs débuts en club – ne lui reviennent plus.

« Je ne me souviens pas de mon enfance. Pas de mes anniversaires, pas de mes vacances. C’est comme si ma vie avait commencé après l’accident », confie-t-elle dans un entretien accordé à NRK. Une amnésie rétrograde, silencieuse mais durable, s’est installée. Pendant des mois, elle se heurte à ce vide : elle voit des photos, des vidéos, écoute des récits, mais ne reconnaît pas l’enfant qu’on lui montre. Elle explique aujourd’hui devoir parfois apprendre sa propre vie à travers les souvenirs de ses proches. Comme si tout ce qu’elle avait vécu avant ses 15 ans appartenait à quelqu’un d’autre.

Cette perte d’ancrage dans son propre passé la pousse à se redéfinir. « J’ai dû me recréer une identité », explique-t-elle. Une introspection rare, forcée, chez une adolescente en pleine ascension sportive. Mais surtout, dans un monde du football où la performance laisse peu de place à la fragilité. Cette faille devient paradoxalement un socle. Le terrain devient un refuge, le cadre dans lequel elle peut progresser sans avoir besoin d’un passé. C’est par l’entraînement, la répétition, l’engagement qu’elle se reconstruit.

Un secret bien caché

Hansen gravira les échelons sans jamais évoquer publiquement son amnésie. Elle joue pour Klepp, Arna-Bjørnar, puis Brann, où elle devient capitaine. Elle est sélectionnée régulièrement en équipe nationale, participe à l’Euro et à la Coupe du monde, tout en portant désormais les couleurs du Bayern Munich. En Allemagne, elle s’impose comme une joueuse clé, capable d’évoluer à tous les postes de la défense. Malgré les titres et les responsabilités, elle continue de vivre avec cette absence. Ce n’est que récemment qu’elle a choisi d’en parler publiquement, pour montrer que cette faille n’est pas une faiblesse.

Aujourd’hui encore, certaines fonctions cognitives sont impactées. Elle dit avoir du mal à retenir des informations sur le long terme, comme pour ses révisions. Elle qui suit des études d’ergothérapeute. Mais elle ne souffre pas de séquelles physiques majeures. Elle n’a pas peur que cela recommence. « Je n’ai pas peur que ça m’arrive encore. J’ai appris à vivre avec. » Une phrase simple, mais qui résume l’état d’esprit d’une joueuse qui a bâti sa carrière en vivant pleinement dans le présent.

Elle admet que ce vide la pousse parfois à s’interroger : qui serait-elle si elle n’avait pas vécu ce choc ? Aurait-elle eu la même force mentale, la même capacité à se surpasser ? Peut-être pas. Elle ne se cherche pas d’excuses, elle ne dramatise pas. Mais elle sait que cet accident a façonné sa carrière d’une manière que personne ne peut vraiment comprendre.

Ses coéquipières ne sont pas toutes au courant de son histoire. Même l’entraîneuse de la sélection norvégienne, Gemma Grainger, a confié à NRK qu’elle ignorait tout de cette perte de mémoire. Hansen n’en fait pas une revendication, encore moins une excuse. Elle considère sa situation comme un fait. Et elle avance.

Si elle a perdu ses souvenirs, elle a gagné une autre forme de lucidité. Elle voit désormais chaque match comme une chance d’écrire sa propre histoire. À sa façon. Sans passé, mais avec une force que peu possèdent.

Laisser un commentaire