Basé en banlieue de Göteborg, dans l’ombre de très grands clubs comme l’IFK Göteborg, GAIS, Häcken ou encore Örgryte, l’Utsiktens BK présentait déjà la saison dernière une situation particulièrement compliquée, aussi bien sur le plan sportif qu’économique.

En octobre dernier, nous faisions déjà état du triste état des caisses ainsi que de plusieurs scandales internes au sein du club. Alors qu’un endettement structurel était déjà évoqué, la situation ne semble pas s’être améliorée avec le temps.

 

En octobre 2025, un employé avait déposé une demande de mise en faillite pour le compte du club, évoquant environ 7 000 € de salaires impayés. Cependant, moins d’un mois après le dépôt de cette demande, celle-ci a finalement été retirée.

Un mois plus tard, la descente du club en Ettan (3e division suédoise) était actée après des barrages perdus contre Norrby, laissant planer un avenir proche très difficile pour le club.

Un mercato hivernal signe d’espoir

Pour aborder cette saison 2026, Utsikten n’est pas parti très rassuré, avec trois défaites en trois matchs amicaux, respectivement contre Ljungskile (D2), l’IFK Göteborg (D1) et Oddevold (D2).

Pendant le mercato, une lueur d’espoir est malgré tout apparue. Utsikten a présenté deux nouveaux joueurs arrivés en prêt : Simon Sjöholm, attaquant de GAIS, et Nikola Mitrovic, milieu du BK Häcken. Ces deux renforts d’Allsvenskan arrivaient avec le même type d’accord, leur permettant de jouer à la fois pour leur club parent et pour Utsikten.

Signature de Nikola Mitrovic à l’UBK | Photo : Laget.se

Une situation qui tourne finalement
au vinaigre

Ces transferts se sont finalement avérés cauchemardesques pour le club. Fotbollskanalen rapportait qu’après seulement cinq matchs de championnat, les deux joueurs ont été rappelés par leur club parent et que les contrats de prêt ont été rompus.

Selon diverses sources proches du dossier, les raisons de ces ruptures seraient financières, ce qu’a confirmé Axel Fägerhall, responsable du pôle compétition de la Fédération suédoise de football. Il détaille une information critique pour l’UBK : le club a reçu, le 30 avril, une confirmation d’interdiction de transfert de la part de la FIFA.

En clair, tant que l’Utsiktens BK ne rembourse pas ses dettes, le club ne pourra plus inscrire de nouveaux joueurs. Cela empêche également Utsikten de recourir au programme de coopération pour le développement, des accords donnant notamment lieu à des prêts où les joueurs peuvent représenter les deux équipes.

Le club fait également l’objet d’une procédure de recouvrement auprès de l’Autorité suédoise des recouvrements pour des dettes s’élevant à un peu plus de 1,2 million de couronnes, soit plus de 110 000 €.

Il s’agit notamment d’une dette fiscale de 320 000 couronnes (environ 30 000 €), ainsi que de dettes envers deux entreprises tierces, principalement dans le secteur de la location de terrains pour les matchs et les entraînements, pour un montant légèrement supérieur à 400 000 couronnes (35 000 €).
Quelques autres créances de moindre importance ont également été enregistrées.

Bureau de la fédération suédoise de football | Photo : Dagens Nyheter/Joel Marklund/Bildbyrån

Les données relatives à l’économie détaillée du club ne sont pas disponibles publiquement, mais à travers des estimations que nous avons réalisées, le club aurait pu subir une baisse de budget oscillant entre 25 % et 40 % par rapport à l’année dernière. Ce n’est certes qu’une estimation, mais cela pourrait faire passer leur budget d’environ 2,2 M€ par saison à moins de 1,5 M€.

Outre la situation de dette, il y a une baisse des droits TV, des pertes de sponsors, des recettes de billetterie encore plus faibles, même si ce n’était déjà pas une source majeure de revenus du club, ainsi qu’une exposition médiatique bien plus faible, pour un club qui partait déjà d’une base fragile.

Ces chiffres peuvent sembler « faibles » en comparaison avec ceux qu’on a l’habitude d’entendre pour le football français, mais pour un club suédois de division inférieure, qui ne dispose pas d’une base de supporters très large, dont le modèle économique est particulièrement basé sur les équipes de jeunes, et qui restera toujours dans l’ombre des autres gros clubs de Göteborg, c’est abyssal.

L’Autorité suédoise des recouvrements de dette affirme avoir contacté le club afin de lui donner la possibilité de rembourser sa dette. En cas de refus, scénario très probable, l’agence se réserve le droit de mener une enquête patrimoniale complète, avec un examen des biens que possède le club.

Un début de saison catastrophique

Au-delà de tout l’aspect recrutement et dette, le début de saison est aussi absolument catastrophique d’un point de vue sportif.

Après des matchs amicaux très inquiétants, le championnat n’a pas commencé sur des bases plus saines. Utsikten pointe à ce jour à la dernière place de la poule sud de la 3e division, avec cinq défaites pour une seule victoire.

La seule victoire de la saison de l’UBK a d’ailleurs été extrêmement contestée, au cœur d’un scandale dans le football suédois.

Photo : Jönköpings Posten

Lors du match opposant Jönköping à Utsikten le 12 avril, l’UBK s’est certes imposé 1-2. Mais à la 70e minute de jeu, le fameux Nikola Mitrovic, dont nous avons parlé plus tôt, est entré en jeu après que Melvin Koliqi a été victime d’une commotion cérébrale.

Le problème, c’est que ces remplacements ne sont autorisés qu’au plus haut niveau du football suédois, et non dans les divisions inférieures. Utsikten a ensuite effectué un sixième remplacement supplémentaire dans le temps additionnel. Une action qui aurait été autorisée au plus haut niveau dans le cadre d’un « remplacement pour commotion cérébrale », mais pas à ce niveau.

Dans ce cadre, Jönköping a soumis une notification à la Fédération suédoise de football concernant le problème, estimant ainsi que la victoire acquise grâce à un but de Mitrovic à la 81e minute était illégitime.

Finalement, la Fédération suédoise a décidé de ne pas sanctionner l’UBK et de lui laisser sa victoire.

La suite de la saison va à coup sûr être difficile pour le club. Entre l’urgence de stabiliser une situation économique devenue très préoccupante et l’obligation d’éviter une relégation en 4e division, l’Utsiktens BK semble désormais jouer bien plus que de simples résultats sportifs dans les prochains mois.

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