À l’aube de la saison 2026 d’Eliteserien dont la première journée aura lieu ce week-end, nous avons pris des nouvelles de Leo Cornic, infatigable rouage de l’équipe professionnelle la plus septentrionale au monde : le Tromsø IL.
Son parcours, sa saison 2025 réussie, la rivalité avec Bodø/Glimt, le foot au-delà du cercle polaire arctique ou encore l’AS Saint-Étienne… On évoque beaucoup de choses dans ce long entretien avec celui qui connaîtra les qualifications à l’Europa League l’été prochain, qui a connu toutes les sélections de jeunes en Norvège, mais qui a des goûts musicaux… bien français !

(English translation of the clips below french version)

On va démarrer en parlant un peu de toi. Tu as 25 ans, tu joues au Tromsø IL (Idrettslag = équipe de sport), et tu évolues en tant que latéral droit ? Piston droit ? Comment tu te définis ?

Je suis arrière droit, mais on joue avec une défense à cinq, donc disons que je joue sur l’aile droite.

Tu es né à Oslo d’un père français et d’une mère norvégienne, mais tu as passé la majeure partie de ta jeunesse en Norvège.

Oui. On a habité à Paris pendant trois ans et demi, de 6 à 9 ans pour moi. J’ai mes grand-parents encore à Paris, donc j’essaye de passer quand j’ai le temps.

Sur son parcours…

Et pourquoi Tromsø ? Tu y as vu une opportunité d’avoir encore plus de temps de jeu, le projet t’a plu ?

Oui, le projet me plaisait. Je croyais vraiment en ce club. J’ai vu beaucoup de joueurs, dans mon rôle, réussir à Tromsø, comme Warren Kamanzi, qui joue à Toulouse. Et puis j’arrivais à un âge où j’avais besoin de jouer. Alors je suis venu ici et je suis très content de mon choix !

Sur le plan collectif, vous avez fait une super saison 2025 (la saison norvégienne se joue de fin mars à fin novembre), avec une troisième place à la clé, alors qu’en 2024 vous aviez frôlé le barrage de relégation. Est-ce que l’objectif était de jouer le haut de tableau dès le départ, ou est-ce que vous vous êtes rendus compte en cours de saison qu’il y avait quelque chose à faire ?

Oui, je pense que c’était plutôt en cours de saison. Le club et l’équipe sont très fixés sur la prestation. On joue tous les matchs à 100%. On ne regarde pas le résultat à court terme, mais on pense plutôt au long terme. La troisième place était le résultat d’une saison où on a fait beaucoup de bons matchs en étant focus sur la prestation.

Surtout que vous ne démarriez pas très bien la saison ! (1 victoire, 1 nul, 3 défaites sur les 5 premiers matchs)

On a très mal commencé !

Et puis derrière, une victoire (contre KFUM Oslo) et ensuite le derby contre Bodø/Glimt (2-1) qui vous lance ? Vous vous dites à ce moment-là que vous pouvez battre les meilleurs de ce championnat ?

Oui bien sûr, et puis même si on a réussi à battre Bodø/Glimt, je ne pense pas qu’on aurait cru gagner les sept matchs d’affilée après ça ! Mais oui, ça nous a donné la pêche !

Concernant ta performance personnelle, tu as fait à nos yeux une très bonne saison. On t’a trouvé très consistant des deux côtés du terrain et tu as sûrement fait ta saison la plus aboutie défensivement, en gagnant notamment beaucoup de duels aériens, alors que tu n’es pas particulièrement grand…

Je pense personnellement que c’est beaucoup dans la lecture et dans le timing. Tu n’as pas besoin d’être super grand, si tu sautes au bon moment, tu peux gagner beaucoup de duels.

Sur son côté décisif et son but dans le derby…

Tu marques pas mal pour un piston d’ailleurs (5 buts en Eliteserien 2025), tu préfères attaquer plutôt que défendre ?

Bon… Je pense que beaucoup de monde préfère attaquer. J’aime bien jouer dans une équipe qui a beaucoup la balle et puis oui, c’est quand même sympa d’attaquer ! Mais il y a toujours de bons moments défensifs aussi. Si tu mènes 1-0 et que l’autre équipe essaye d’égaliser, c’est quand même intéressant aussi de bien défendre.

Est-ce qu’en Eliteserien il y a des joueurs que tu affrontes ou que tu côtoies face auxquels tu te dis « là, c’est costaud » ?

Oui, il y en a vraiment beaucoup. Je trouve que le niveau de l’Eliteserien est vraiment élevé. Bodø/Glimt l’a montré en Champions League. Il y a beaucoup de joueurs qui peuvent encore jouer dans de meilleures ligues, je pense. C’est facile de citer nos défenseurs centraux (Tobias) Guddal et (Abubacarr) Kinteh par exemple. Défensivement, c’est lourd ! Et puis notre piston gauche aussi, (Alexander) Warneryd. Je joue souvent contre lui à l’entraînement et ce n’est pas facile. Il est très fort, il sait bien dribbler. Mais c’est ça qui fait aussi que l’on parvient à faire de bons matchs. Il y a vraiment un bon niveau dans l’équipe et les entraînements aussi sont de très haut niveau.

Par rapport, justement, à la rivalité avec Bodø/Glimt et à leurs performances sur le plan international. Est-ce que c’est quelque chose qui vous booste ?

Oui je pense. Ça nous montre que tout est possible. Je pense que c’est pareil pour toutes les équipes en Norvège. C’est inspirant, ça montre qu’on est à un bon niveau. On a joué deux fois contre Bodø/Glimt l’an dernier et on a pris 4 points, alors il n’y a rien qui dit que c’est impossible d’être à leur niveau en Europe. On a envie de faire la même chose.

On sent que le club de Tromsø s’en donne les moyens. On a vu cet hiver qu’il y avait eu de grosses offres repoussées pour Jens Hjertø-Dahl (8 millions d’euros évoqués) et Abubacarr Kinteh par exemple. Il y a quelques années, peut-être que le club n’aurait pas eu les moyens de refuser. Est-ce que ça vous rassure ? Est-ce que vous en parlez dans le vestiaire ou est-ce que vous vous dites « c’est le business, ça ne nous regarde pas » ?

Non bien sûr, on en parle et je pense que c’est très important pour le club. Ça montre aux joueurs qu’ils sont sérieux et qu’ils croient en nous et qu’ils pensent qu’ensemble on peut continuer et devenir encore meilleurs. Et personnellement aussi, ça me motive de pouvoir continuer à jouer avec des mecs comme Guddal, Kinteh ou Hjertø-Dahl… qu’ils restent aux clubs même s’il y a des sommes énormes sur eux.

Sur les contraintes de la vie au-delà du cercle polaire arctique…

Il y a donc une vraie adaptation selon que l’on soit en hiver ou en été…

Oui, un peu. Mais je pense qu’on fait quand même beaucoup les mêmes choses. On s’entraîne dehors, même en février et s’il neige. C’est vraiment dans les cas extrêmes qu’on ne le fait pas. La plupart du temps, on le fait dans notre stade. Et comme cet hiver il n’a pas fait trop froid, il y a eu beaucoup de pluie, on a pu s’entraîner en extérieur. C’est déjà bien.

Parce que dans le nord de la Norvège globalement, c’est de la pelouse synthétique…

Oui, ici c’est 100% synthétique. Ça doit être dur d’avoir de l’herbe en hiver.

Et puis vous partez aussi pas mal en stage, comme à Marbella cet hiver ?

Oui, on fait à peu près un mois entier de janvier à mars. On part deux semaines, on rentre dix jours et on refait deux semaines ensuite.

Ça fait du bien au moral j’imagine, avec le fait qu’il fasse sombre quasi-constamment à Tromsø. Tu disais que tu n’aimais pas trop, mais tes collègues étrangers, ils arrivent à s’y adapter ?

Je trouve qu’ils s’adaptent super bien ! C’est même un peu comique parce que moi j’ai quand même mes côtés norvégiens, mais c’est peut-être moi qui trouve ça encore plus dur… (rire). En particulier les joueurs africains, qui viennent directement d’Afrique, ça doit être un gros choc mais je trouve qu’ils font ça super bien !

Et le fait que le calendrier norvégien se déroule sur l’année civile, on en parle beaucoup en ce moment avec Bodø/Glimt en essayant de trouver des explications à leur parcours… Pour toi, c’est un avantage ou un inconvénient sur le plan européen ?

Ça, je trouve que c’est un peu dur de dire l’un ou l’autre. Déjà, pour Bodø/Glimt ça a marché. Je ne sais pas trop, mais je pense que niveau Champions League, s’ils jouent par exemple contre l’Inter qui a trois semaines de suite à deux matchs par semaine, alors que Bodø/Glimt a beaucoup de temps pour se préparer, je dirais peut-être que Bodø/Glimt a un avantage.

Je me souviens aussi d’un reportage dans lequel quelqu’un disait qu’à Bodø/Glimt, les joueurs étaient bons parce qu’il n’y avait rien d’autre à faire. Tu as un peu ce point de vue-là aussi pour Tromsø ?

(Rires) Oui, peut-être. Mais bon, je trouve qu’on a des joueurs sociables, alors on réussit quand même à faire des choses. Et je trouve aussi que Tromsø est une ville sympa. Déjà, c’est plus grand que Bodø, alors ça va. Et puis l’été, c’est super ! J’ai une voiture ici, alors je vais me balader dans les montagnes, dans les fjords. Je pêche un peu aussi. L’hiver, il y a un peu moins de choses à faire. Des fois tu ne peux même pas sortir de chez toi sans qu’il y ait énormément de vent et de neige, mais ça a son charme aussi.

Et tu regardes un peu de foot en dehors du boulot, ou tu préfères couper ?

Pour passer à autre chose, dans quelques mois il y a la Coupe du Monde, AVEC la Norvège pour la première fois depuis 1998. Est-ce que tu penses que c’est un « one shot » ou est-ce que tu sens que la Norvège a maintenant les moyens de s’installer dans les grandes compétitions, avec aussi plus d’équipes qualifiées ?

Ils ont une bonne équipe avec beaucoup de jeunes joueurs, alors même s’ils ne font pas quart ou demi-finale dans cette Coupe du Monde, ils ont beaucoup de joueurs qui vont être là pour la prochaine. Je pense que le foot norvégien monte et que beaucoup de gens commencent à le reconnaître.

Il y a effectivement plus de joueurs qui s’exportent dans les grands championnats, après un creux sur la fin des années 2000 et début 2010. Comment tu expliques ça ? Plus d’infrastructures, plus d’adaptation à ce qui se fait ailleurs ?

En Norvège il y a quelque chose qui s’appelle Landslagsskolen. Ils ont commencé il y a une dizaine d’années. C’est un cursus pour mieux former les joueurs du pays et il y en a quand même beaucoup qui sont passés tout le long de ce format, comme Haaland par exemple. Et puis quand Bodø/Glimt, Brann et des équipes comme ça ont des résultats en Europe, ça ramène de l’argent en Norvège et ça amène un enthousiasme, ça donne de l’énergie à tout le monde.

Niveau public aussi, tu sens que les stades sont un peu plus remplis ?

Oui, surtout sur les deux ou trois dernières années. Ça augmente chaque année, je pense. Il y a cinq, six, sept ans, il n’y avait vraiment pas beaucoup de monde aux matchs en Norvège. Là, ça commence à revenir.

Toi, personnellement, couloir droit… en sélection, il y a Ryerson mais ce n’est pas non plus fermé. Tu y penses, tu as eu des échos ? Ou ce n’est pas atteignable pour l’instant selon toi ?

Dans l’immédiat, je serais… je ne vais pas dire choqué, mais en tout cas je n’attends rien. Je vais juste continuer à penser à Tromsø, à moi, et continuer à évoluer. Et puis dans quatre ans, j’aurai quoi… 29 ans, et c’est toujours un âge correct pour jouer une Coupe du Monde. (il sourit)

L’actualité pour vous, c’est la reprise du championnat ce week-end. Du coup vous en êtes où, c’est moins de physique et plus de travail tactique et technique ?

On travaille toujours un peu le physique. On s’entraîne bien et en même temps on regarde l’adversaire et on se prépare tactiquement pour affronter Fredrikstad (dimanche, 19h15).

Un film, un livre, une chanson, une série !

Au nom de toute l’équipe Nordisk Football, nous remercions encore vivement Leo et son entourage pour leur confiance et leur temps.

Photo en tête : Instagram Tromsø IL


English translation of the video clips

ON HIS CAREER

Leo : As you know it now, we were living in Paris. When we came back to Norway, I was about 9 and 1/2, or maybe 10. We wanted to find a professional club, at least a serious club for me. So I started in Vålerenga. I played for every youth team, U12, U13, U14, U15, up to the professional squad. I played one cup match, but I was part of the second team, which was playing at the 3rd level in Norway. Then I was loaned out to Baerum. After this period, I went to Grorud. The team had just been promoted in Obos Liga, 2nd level in Norway. I spent one season there, during which I really broke through. After that, I had opportunities and I ended up in Sweden, in Stockholm, In Djurgården, where i stayed one and an half year. I haven’t played a lot. A lot of time on the bench but I think I’ve learned a lot. 

Nordisk Football : This was your first, real experience as a member of a professional team, at a top level I mean.

Leo : Yes. It was a very high level, a very good team with players who now are playing in Premier League or Serie A. There was Hjalmar Ekdal (Burnley), Isak Hien for example, who plays for Atalanta. Then, I got the opportunity to go to Rosenborg. There was a coach there who I had had in the Norwegian U18 team. It was Kjetil Rekdal’s assistant coach (Geir Frigård). We spoke, they needed a right back, so I found myself in Trondheim. It began very well, we finished at the third place. But gradually, there were new coaches… personally, maybe not exactly what I was looking for, but I learned a lot of things and played for a very big club. The biggest club in Norway.

NF : It is actually the most famous norwegian club in Europe. Now there is Bodø/Glimt obviously, but before them, Rosenborg had several season in the Champions League…

Leo : They even made it through the group stages I think. (Quarter final in 96/97) I stayed there for two years before coming to Tromsø in the summer of 2024.

ON HIS DECISIVE SIDE

NF : You’re very active on the pitch. You were decisive, too. Especially in the derby against Bodø/Glimt. You’re trailing after an hour, at home, and then, can you tell us what happens at that moment ? Because I can imagine this is a beautiful moment for you…

Leo : Oh yes. I think I’ve probably watched the video a hundred times, but I don’t remember the moment very well, because there were so many emotions that I blacked out a little bit… Bodø’s goalkeeper punches the ball out of the sixteen. I’m maybe at twenty meters, by instinct I try the volley and it takes a great trajectory that goes over the goalkeeper and into the goal.

NF : The celebration is crazy too ! You jump into the crowd and so on. I can imagine it was very emotional.

Leo : Yes, it was great ! That’s the best goal of my career.

REGARDING THE CONSTRAINTS OF THE NORTH

NF : In Tromsø, I’m exaggerating, but it’s almost daylight for six months, and then it’s dark for six months. The days are very long in summer, and the nights are very long in winter. Does this change anything for a top-level athlete ?

Leo : Yes, it does, surely. Personally, I find winter a bit harsh here. But at the same time, I love the summer ! The weather is still nice and warm. On a physiological level too, the body needs sun. So we have doctors and physiotherapists who take care of us. We’re doing blood tests. Quite a few players have vitamin D deficiencies. It’s not dangerous, but you still need to be a little careful. So yes, it’s a bit different from players who play in France for example.

DOES HE WATCH FOOTBALL ?

Leo : Yes, I watch a lot of football.

NF : Okay ! From the big leagues, or more scandinavian football ? 

Leo : I enjoy watching Bundesliga. It’s an interesting football, a lot of things happen. It’s very direct, a bit like in Norway. And I watch a bit of France, a bit of England, of Italy… a bit of every league actually.

NF : And do you have a favorite team in those leagues ?

Leo : My father is a big fan of Saint-Etienne, so when we were kids, we used to follow Saint-Etienne a lot, with Dimitri Payet, Aubameyang…

NF : Okay ! And do you still manage to follow Saint-Etienne’s results now ?

Leo : Yes, I used to follow them a lot when Horneland was there. Now he’s gone, so I follow them a bit less, but I saw they won several games recently, so I hope they will get back to Ligue 1.

NF : Were you surprised it didn’t really work out with Horneland ?

Leo : Football is so complex… I think you never know. You could put a Premier League coach in Norway and it might not work. There are so many factors… But I think he’ll find a good job again, and he’s still a good coach.

ONE FILM, ONE BOOK, ONE SONG, ONE TV SERIES

Leo : Oh my… A french film that my brother and I used to watch a lot when we were younger, I don’t know if you watched it, is « Neuilly sa mère ».

A book… There is one book I’ve read, which is very famous in Scandinavia. It’s Zlatan’s book, about his life and his career.

NF : It’s funny that you mention this book, because I interviewed Sander Berge a few years ago, and he told me the same. As a footballer, you are able to identify with his story ?

Leo : Yes, it’s a very good book.

NF : So, a song, a singer, as you want…

Leo : « Ramenez la coupe à la maison » ! (French song from World Cup 2018 celebration) We are ready for the World Cup !

NF : And a TV Series ?

Leo : I can mention a scandinavian series : Bron (The Bridge). 

NF : Oh, the police investigation on the bridge between Sweden and Denmark ? Yes, I agree, it’s very good ! (I’ll spare you all my rambling, but a big thank you again to Leo ! 😉 )

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