Inconnu du grand public voilà encore quelques mois, Malick Yalcouyé est peut-être le joueur le plus scruté de Suède à l’heure actuelle. Tout juste débarqué de Côte d’Ivoire, le milieu de terrain de 18 ans s’est directement imposé comme l’un des meilleurs joueurs de l’IFK Göteborg et d’Allsvenskan, notamment grâce à un volume de jeu époustouflant. Pas de doute, en envoyant ce gamin-là en Europe, l’ASEC Mimosas… nous a fait une fleur.

Malick Yalcouyé, c’est le genre de joueur que l’on a l’impression de voir partout sur le terrain. Vous savez, de ceux qui font un pressing à gauche, que l’on retrouve quelques secondes plus tard à récupérer un ballon à droite et qui vont encore remonter cinquante mètres balle au pied dans l’axe. Ce genre de joueur qui vous épuise rien qu’à le regarder balayer les quatre coins de votre écran de télévision. C’est lui qui court, c’est vous qui avez des crampes. Et vu du stade, c’est encore plus fatiguant !

Ça vous fait penser à N’Golo Kanté ? Eh bah, il y a de ça, toute proportion gardée, évidemment. La chanson de N’Golo disait, je crois, « il est petit, il est gentil, il a bouffé Leo Messi ». Malick n’est pas bien grand non plus (1, 69 m) et il a l’air très gentil, si l’on en croit ses messages sur les réseaux sociaux et les nombreuses marques d’affection qu’il reçoit de la part de ses coéquipiers ou de ses supporters. Pour Leo Messi, bon… on va attendre un peu. Et puis étant donné la distance qui les sépare, peut-être que l’Argentin s’en sortira bien sur ce coup-là !

(photo : Gunilla Mattsson / Instagram : gmphoto73)

Moteur inlassable de l’entrejeu de Göteborg, le garçon né d’une mère ivoirienne et d’un père malien est à l’heure actuelle le milieu de terrain ayant remporté le plus de duels en Allsvenskan. Arrivé l’hiver dernier, il a d’abord été plutôt axial, avant de chercher de plus en plus souvent – sans doute à la demande de son entraîneur Jens Askou – à s’écarter au cours des matchs pour provoquer et combiner sur l’aile droite des Blåvitt.

Sa vivacité, la multiplication de ses courses et son jeu de corps intéressant forcent bien souvent les adversaires à faire faute pour l’arrêter. On le retrouve ainsi au sommet du classement des joueurs ayant obtenu le plus de coup francs dans ce championnat. Une capacité qu’il doit cependant apprendre à utiliser avec justesse. Il lui arrive en effet de forcer ses actions en multipliant les touches de balles, freinant ainsi la progression de son équipe dans des situations où une transition rapide semble plus opportune. Mais comment lui en vouloir, tant la débauche d’énergie est énorme et la zizanie qu’il sème usante pour l’équipe adverse.

D’autant qu’il faut remettre ces performances dans leur contexte. Nous parlons là d’un garçon qui n’a que 18 ans, arrivé l’hiver dernier du continent africain, ne parlant ni suédois, ni anglais. Pourtant, l’adaptation est express, notamment grâce à Abundance Salaou. L’Ivoirien de 19 ans, au club depuis août 2022, a connu Malick à l’ASEC pendant cinq ans et l’accompagne dans sa prise de marques. Ces deux-là vivent ensemble à Göteborg. « C’est comme la famille » avouait le dernier arrivé au journal Göteborgs-Posten. De plus, comme a pu le dire son coach à Expressen, « certains (dans l’équipe) parlent français, d’autres pensent le parler »… Bon. C’est déjà bien d’essayer ! Pour le reste, « nous lui faisons comprendre avec des photos et Google Translate ».

Malick Yalcouyé porté en triomphe par son « frère » Abundance Salaou. (photo : IFK Göteborg)

La barrière de la langue n’a pas du tout inquiété Olle Sultan, recruteur pour l’IFK pendant 34 ans, lorsqu’il assiste en 2022 au match qui a tout changé, à Abidjan. Dès ses premières minutes face aux prouesses d’un ado de 16 ans qui entre en jeu, l’ex-scout aujourd’hui à la retraite se dit « nous le voulons » ! « J’ai écrit que c’était le meilleur que j’avais vu depuis très longtemps et qu’il avait obtenu les meilleures notes sur tous les critères que j’avais fixés pour un milieu axial » expliquait-il à GP en mars. « C’est complètement unique » !

Mais pour concrétiser cette collaboration en respectant la règle des transferts internationaux de joueurs non européens, il fallait attendre la majorité du joyau, le 18 novembre 2023 et espérer qu’un autre prétendant de plus gros calibre n’émerge pas. La direction suédoise a donc conclu un accord de principe avec l’académie qui a révélé Yaya Touré ou plus récemment, Odilon Kossounou. Et dès février 2023, l’Ivoiro-malien rejoignait ses futurs coéquipiers en Espagne, pour leur stage de reprise. Une visite qui en a amené d’autres, en Scandinavie cette fois, jusqu’à son arrivée définitive cet hiver. Depuis, ça déménage !

Jens Askou est bluffé. « Même s’il ne comprend pas tout ce qu’on dit, il comprend très vite le football ». Avant d’ajouter « ce qui m’impressionne le plus, c’est son intelligence défensive ». On peut alors penser que sa marge de progression réside dans sa prise de décision et son efficacité offensive. Dommage, en effet, qu’il ne parvienne pas encore à rendre les différences qu’il fait plus décisives. Son premier et seul but en Allsvenskan, il l’a inscrit… de la tête. Comme quoi, ce n’est pas la taille qui compte. Ou pas toujours.

Chez lui, tout est fait avec enthousiasme et ça aide. Il aime défendre, il aime relayer, se projeter, dribbler… le tout avec anticipation, une belle analyse de l’espace et des appels convaincants. En fait, ce garçon-là aime le football. Ça se voit, et ça fait du bien ! Alors tant pis, si cela reste brouillon de temps à autre. Laissons-lui le temps d’apprendre. On ne peut pas non plus s’empêcher de se demander quel joueur il pourrait devenir avec un peu plus de masse musculaire pour le rendre encore plus redoutable au duel. De l’avis de tous, il est en tout cas l’un des plus grands talents passés par l’Allsvenskan ces dernières années, au point de faire un peu d’ombre à Lucas Bergvall qui rejoindra Tottenham cet été.

Du coup, quel avenir pour lui ? C’est simple, les scouts viennent d’à peu près partout pour le voir ! Premier League, Ligue 1, Serie A, Liga Portugal, Eredivisie, Pro League belge et j’en passe… Même Liverpool, qui le fait rêver, s’est déplacé. Nul doute que Göteborg a largement de quoi faire sauter le record de sa meilleure vente, décroché lors du départ de Benjamin Nygren à Genk en 2019, pour cinq millions d’euros.

Le revers de la médaille, c’est que quelques mois à peine après avoir déballé ses affaires, le milieu de terrain pourrait déjà mettre fin à sa colocation avec Abundance Salaou. Impossible pour Blåvitt de dire non à un gros chèque. Et pourtant, ils en ont bien besoin, de leur pépite ! Barragiste après 8 journées, le club aux deux Coupes UEFA devra cependant combler les manques de son effectif lors de la trêve estivale et a pour cela besoin de liquidités. La solution gagnant – gagnant pourrait alors être de garder Yalcouyé en prêt, ou d’imiter Djurgården qui a vendu Bergvall aux Spurs il y a quelques mois mais avec prise d’effet au 1er juillet. Cela s’annonce compliqué : qui ne voudrait pas d’un joueur qui peut être partout, tout le temps ?

photo titre : Gunilla Mattsson

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