Il est la nouveauté de la liste de Janne Andersson pour les derniers matchs qualificatifs à l’Euro 2020 qui ont lieu en ce mois de novembre. Dejan Kulusevski, 19 ans, brille avec Parme et tape dans l’œil de tous ceux qui le voient évoluer sur l’aile droite des Gialloblù. Désormais, c’est sous un autre maillot jaune et bleu, celui des Blågult, qu’il compte performer.

 La Macédoine du Nord, patrie de sa mère, a tout tenté pour obtenir l’accord de Dejan Kulusevski, mais la nouvelle pépite de Serie A a bien choisi de représenter la Suède au niveau international. En novembre 2018, la Gazetta dello Sport écrivait que Goran Pandev, capitaine et légende du football macédonien, lui avait fait parvenir un maillot dédicacé ainsi qu’une invitation à le rejoindre sous ses couleurs. Cela n’aura pas suffi. Un an plus tard, le natif de Stockholm, pourrait connaître sa première sélection avec les Blågult ce lundi. C’était « une décision difficile à prendre » avouait l’intéressé à Sportbladet « mais je suis né en Suède, j’y ai vécu toute ma vie […] cela me semble juste ». Et bien qu’il ait porté le maillot des deux pays en sélections de jeunes, voilà qui devrait ravir les supporters scandinaves, tant les promesses du garçon de 19 ans sont alléchantes.

Goran Pandev (à gauche) a tenté de convaincre Dejan Kulusevski de le rejoindre sous le maillot macédonien.

Lorsque l’on parle « talent » en Suède, un centre de formation ressort souvent, pas le plus facile à lire pour nous autres francophones : Brommapojkarna, situé dans la banlieue de la capitale. Dejan Kulusevski en est un pur produit. Arrivé à 6 ans, il y a été formé en tant que milieu de terrain axial, notamment derrière son pote, l’attaquant de Swansea – actuellement prêté à Groningen – Joel Asoro. Rapidement, le garçon se distingue. Il est régulièrement surclassé dans la catégorie d’âge supérieure et épate ses entraîneurs. « Jouer avec ceux qui avait un an de plus était très inhabituel à Bromma, car la compétition y est très difficile » expliquait l’un d’eux, Thomas Hasselgren, à Expressen. « Par contre, il était très gaucher ! Il n’a jamais utilisé son pied droit. Mais personne ne pouvait lui prendre le ballon, il était collé à son pied gauche ».

Si bien qu’à l’âge de 15 ans, il est recruté par l’une des grandes académies d’Italie, l’Atalanta Bergame. En cinq mois, il parle italien, lui qui est un véritable polyglotte puisqu’en plus du suédois, il maîtrise le macédonien, l’anglais et l’allemand ! Surtout, pour sa première saison, le gamin venu du nord plante 17 buts agrémentés de 15 passes décisives en 22 matchs de championnat U17… C’est ensuite la Primavera qui profite de ses 5 pions et 10 passes décisives en 2017/18, puis de ses 8 buts et 10 offrandes lors d’une saison 2018/19 entrecoupée de présences sur le banc des pros, avec trois petites apparitions à la clé. Mais le constat est là : un joueur mature, déterminé et très talentueux est en train de faire son trou. À l’été, Manchester City tente de l’arracher aux Bergamasques. C’est finalement Parme qui obtient son prêt.

Lors de la dernière trêve internationale, Kulusevski avait marqué contre l’Islande et le Luxembourg avec les U 21 (photo : Mauri Forsblom)

Décalé sur l’aile droite du système en 4-3-3 de Roberto D’Aversa, le nouveau numéro 44 fait vivre un enfer à ses adversaires. Alors qu’il avait choisi ce numéro en hommage à Adnan Januzaj qui le portait à Manchester United et dont il était admiratif, le voilà qui se fait sa propre place, en faisant parler ses propres qualités. Grand – 1, 86 m -, puissant, agile, il est capable de provoquer en  soliste ou de trouver ses partenaires avec des angles de passes parfois inattendus. Mais en plus, il sait travailler pour l’équipe et ne rechigne pas à filer un coup de main à sa défense avec des retours bien sentis ou un pressing agressif, avant de repartir vers l’avant à grandes enjambées ! L’idéal lorsque l’on souhaite jouer le contre, une aubaine pour son coach et ses supporters. « C’est la pépite suédoise surprise ! » s’exclame Tony, qui tient le compte de supporters Parma Calcio FR sur Twitter. « Il est doté d’une bonne technique. C’est aussi un bon dribbleur qui a une bonne vision de jeu » ajoute-t-il. « À seulement 19 ans, il est devenu titulaire d’une équipe en constante croissance qui cherche à nouveau sa place indiscutable en Serie A ».

Cette place, le club est en train de la gagner, avec une 8e position au classement après 12 journées. Le Suédois y contribue dans le jeu et dans les statistiques. Il compte déjà 2 buts et 5 passes décisives, ce qui en faisait, fin septembre, le plus jeune joueur parmi les cinq grands championnats à être impliqué dans 4 réalisations de son équipe cette saison. Les compliments et les promesses d’un grand avenir affluent des quatre coins de l’Italie. Dejan impressionne, fascine. Et forcément, quand un diamant brille, il attire les joailliers ! Les plus grands clubs d’Europe se penchent ainsi plus sérieusement sur le joyau. L’Inter, la Juve, les deux voisins mancuniens ou encore Arsenal, qui aurait les faveurs de son cœur, ont ainsi agité les rubriques mercato des journaux transalpins. De quoi laisser espérer une immense plus-value pour l’Atalanta qui avait obtenu les services du gamin de Bromma pour environ 100 000 €. Le club suédois ne sera pas en reste avec un pourcentage conséquent sur la future opération. Celle-ci semble en tout cas loin d’être conclue et les 25 millions d’euros demandés par l’Atalanta l’été dernier pourraient n’être qu’un lointain souvenir si Dejan venait à briller à l’Euro.

La Suède est qualifiée et le joueur a été appelé en sélection pour le dernier rassemblement. « Je n’y croyais pas, mais je pense que je le mérite » avouait-il à Sportbladet. « J’étais sur le terrain à Parme, notre entraînement était sur le point de se terminer […] lorsque Gagliolo – son coéquipier en club et désormais en sélection – est arrivé. Il a crié que j’étais sélectionné, mais je n’y croyais pas. Quand je suis retourné au vestiaire, j’ai vu que c’était vraiment vrai » ! Lui qui s’attendait à porter une nouvelle fois la tunique des U21, est donc devenu le premier joueur né dans les années 2000 à être appelé en A par Janne Andersson. Celui-ci ne tarit d’ailleurs pas d’éloges sur son nouveau poulain. « Il a la capacité de faire des choses cruciales sur le terrain, met ses coéquipiers en bonne position et dispose d’une bonne finition. » avait-il déclarait lors de la présentation de sa liste. Nul ne saurait le contredire au vu des performances italiennes du garçon. Qui sait, peut-être aura-t-il l’occasion de donner raison à son sélectionneur dès ce soir, face aux Îles Féroé !

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