Après une performance inquiétante en Finlande, soldée par un revers 1-0, l’Islande a su rectifier le tir pour faire subir sa loi à l’Ukraine. Une victoire sérieuse qui suffit au bonheur des hommes de Heimir Hallgrimsson, bien installés à la seconde place de leur groupe de qualification. En attendant les deux derniers matchs début octobre, bref retour sur une semaine contrastée.

 

En ce début de soirée du samedi 2 septembre, une amertume patente pouvait se lire sur les visages déconfits de supporters islandais. Débarqués nombreux au pays des cent mille lacs, ces valeureux suiveurs venaient en effet d’assister à la dérive de leur équipe face à l’avant dernier du groupe, impuissants qu’ils étaient au fond des tribunes du Ratina Stadion. Ce ne fut pourtant pas faute d’avoir essayé, eu égard à la performance vocale de premier plan qu’ils délivrèrent. Mais celle-ci, dans la moiteur d’une fin d’après-midi finlandaise, ne trouva pas écho sur un terrain où sombraient leurs compatriotes atones.

Positionnés en 4-2-3-1, les islandais entraient assez timidement dans la partie, comme noyés par l’atmosphère aqueuse de Tampere et ses lacs alentours. Aussi se laissaient-ils surprendre par un somptueux coup-franc d’Alexander Ring dès la 8ème minute. À environ trente mètres du but, le néo New-Yorkais catapultait le ballon dans la lucarne d’un Hannes Halldórsson au plongeon plus esthétique qu’efficace. Brouillons, désordonnés, les insulaires paraissaient naviguer à vue au milieu de finlandais à la discipline et à l’engagement irréprochable. Les coéquipiers du capitaine Aron Gunnarsson tentaient vainement de créer le danger, partant gauchement à l’abordage des cages adverses pour toujours achopper sur un âcre pied ennemi, une âpre motte de terre ou le portier finlandais. Et même quand ce dernier se trouait dans les grandes largeurs en offrant une balle de but à un Alfred Finnbogason fort étonné, celui-ci se gardait de profiter du cadeau. L’Islande possédait le ballon mais peu d’idées, tandis que la Finlande, via un Perparim Hetemaj à l’activité débordante, procédait en contre. Ce faisant, la mi-temps se profilait, telle un phare au secours d’islandais perdus dans la brume, et le coup de sifflet l’annonçant marqua la fin d’une première période pour le moins confuse. Une pause qui ne pouvait qu’être bénéfique à des îliens si léthargiques, dont les supporters espéraient un réveil volcanique.

via AFP

 

La remise à flot escomptée sembla se matérialiser dès le retour des vestiaires, lorsque la toison d’or de Birkir Bjarnason s’étalait sur le sol aux abords de la surface finlandaise, après un accrochage avec Joona Toivio. Mais il n’en fut rien puisque l’arbitre siffla faute contre l’ailier islandais, chevelu et désabusé. Les hommes d’Heimir Hallgrimsson présentaient néanmoins un visage plus séduisant, faisant montre, au reste, d’un peu plus de volonté. Ainsi, les assauts bleus se multipliaient, sans parvenir à renverser le cours de ce match mal embarqué. Pathétique symbole de ce naufrage en cité lacustre, Rurik Gislason pénétrait à l’heure de jeu sur le gazon maudit  pour mettre les voiles quinze petites minutes plus tard, temps pour lui d’écoper de deux cartons jaunes synonymes d’expulsion. Toutefois, l’affriolant souvenir du match aller, qui vit une victoire insulaire cruciale grâce à deux buts dans le temps additionnel, nourrissait un sentiment tenace d’espoir indicible, cependant que défilaient minutes et occasions. Las, les vagues islandaises venaient successivement s’échouer dans les gants d’un Lukáš Hrádecký pourtant fébrile ou dans les bras d’un public pourtant lointain. La Finlande eût même maintes occasions de doubler la mise mais Markkanen et ses acolytes se montraient maladroits. Finalement, l’ultime frappe de Gylfi Sigurdsson, en pleine surface adverse, venait tâter têtes, torses, pieds et autres parties anatomiques charnelles au sein d’une forêt de joueurs en panique. Ce coup d’épée dans l’eau fut le dernier, puisque l’arbitre tchèque sifflait la fin de ce match éprouvant.

Victime expiatoire d’une équipe sevrée de victoire en matchs qualificatifs depuis deux ans, l’Islande voyait alors s’éloigner sa seconde place et ses rêves de Russie. Une désillusion à hauteur des espoirs suscités par le succès tardif sur la Croatie en juin. Au sortir de cette défaite déconcertante, une affliction légitime obombrait les âmes islandaises, teintant les regards de reflets maussades. Fort heureusement, mû par l’excitation d’une échéance imminente, cet accablement laissait bientôt place à la détermination. Se dessinait donc, au soir du 5 septembre, un match à l’importance primordiale et au résultat imprévisible, le 20ème au classement FIFA recevant le 27ème. Formation inconstante, l’Ukraine devançait tout de même l’Islande d’un point, au bénéfice de sa victoire sur la Turquie trois jours auparavant. Plus que jamais dans la course à la qualification, les hommes d’Andrei Shevchenko débarquaient par conséquent à Reykjavik avec la ferme intention d’éliminer leurs hôte de ladite course. Pour ce faire, le meilleur buteur ukrainien de l’histoire comptait notamment sur ses ailiers virevoltants Yevhen Konoplyanka et Andriy Yarmolenko. Côté islandais, c’est à l’arrière droit Birkir Sævarsson (joueur de champ le plus capé sur le terrain) et à son compère de gauche Hörður Magnússon que revint la difficile tâche de les museler, tandis que le généreux Jón Daði Böðvarsson prenait place à la pointe de l’attaque, afin d’apporter une solution au milieu de la puissante défense ukrainienne. Ainsi pouvait débuter ce duel assassin, et malheur au vaincu!

 

Au sein d’un Laugardalsvöllur affichant complet, une bonne habitude désormais, l’équipe d’Heimir Hallgrimsson apparut mieux réglée que lors de sa précédente sortie. Néanmoins, le début de match fut à l’avantage de l’Ukraine, qui monopolisait le ballon sans parvenir à être réellement dangereuse. Quoique plus volontaires, les islandais semblaient jouer avec la peur de mal faire, s’évertuant à annihiler les offensives ukrainiennes sans prendre de risques inconsidérés. Comme pour se rassurer après la sortie de route finlandaise, ils courbaient le dos, serraient les dents et regroupaient leurs forces. Les joueurs de Shevchenko, engourdis peut-être par la douceur vespérale du climat local et l’alliciante docilité de leurs adversaires, tombèrent bientôt dans un faux rythme. Il s’avéra finalement que l’Islande, plutôt que de subir, ronronnait en fait, sondant son ennemi, prête à sortir ses griffes au moment idoine. Ce faisant, si l’Ukraine conservait l’avantage en matière de possession de balle et d’occasions, les insulaires sortaient enfin la tête de l’eau, se montrant plus incisifs sur leurs quelques percées. Puis arriva la mi-temps, les vingt-deux acteurs rejoignant les vestiaires sur un score nul et vierge, sous les yeux d’un public anxieux mais résolu à transcender son équipe.

Cette pause devait permettre au coach islandais de transmettre sa pleine confiance à ses ouailles, forts d’une première période bien assurée Il était temps dorénavant de montrer un visage résolument conquérant et en quelque sorte, d’aller chercher le droit à garder espoir. Car mal négociées, les quarante-cinq minutes restantes pouvaient sonner le glas de leurs ambitions mondiales, et rendre chimérique tout projet de voyage en Russie. Mais d’illusoire il ne fut point question longtemps puisque sitôt sifflée la reprise, Gylfi Sigurdsson revêtait son costume de sauveur et libérait tout un stade, une ville et même une île entière en marquant à la 46ème minute. L’auguste maître à jouer islandais, devenu Vidar, se parait de la puissante chaussure du Dieu vengeur pour expédier le ballon au fond des filets adverses et châtier le vil Andriy Pyatov, faucheur malhabile de l’ailier droit Johann Guðmundsson. Une joie bruyante sourdait des tribunes, les supporters en liesse exultaient, criant leur soulagement. Ce but fit office de coup de massue pour des ukrainiens désorientés, pendant qu’il exaltait les ardeurs autochtones.

©Anton Brink

Redoublant d’effort pour porter l’estocade, [les] Strakkarnir Okkar enflammaient la rencontre et leurs supporters. Et si un frisson parcourait l’échine de ces derniers alors que Yevhen Konoplyanka frappait le montant des cages d’Hannes Halldorsson, c’est bien l’idole Gylfi Sigurdsson qui les libérait définitivement en s’offrant un doublé à la 65ème minute. À la conclusion d’un contre éclair, il crucifiait Pyatov, dont la main trop lâche laissait filer le ballon au ras du poteau. La fin de match décousue fut l’occasion d’apprécier une équipe aux automatismes retrouvés et à l’unité manifeste.

 

Au coup de sifflet final, l’Islande jubilait en engrangeant une quatrième victoire à domicile en autant de matchs. Une régularité salvatrice et remarquable, conditio sine qua none à une potentielle qualification. Surtout, en s’offrant deux derniers matchs aux allures de finale, Heimir Hallgrimsson prouve qu’il a les épaules pour succéder à la légende Lars Lägerback, l’homme par qui le pays prit son envol au début des années 2010, et désormais au chevet de la Norvège voisine. Si cette succession fut bien préparée en amont, rien ne pouvait garantir son succès, et le mérite en revient à Hallgrimsson. Quoi qu’il en soit, l’île de glace aura fort à faire pour ses deux dernières rencontres de qualification. Désormais installée à la porte du gotha européen, l’Islande est aujourd’hui respectée et redoutée. Le voyage en Turquie début octobre fera office de juge de paix, avant une victoire dores et déjà impérative contre le Kosovo. Après une semaine à souffler le chaud et le froid, la nation volcanique devra choisir entre le panache ou les cendres, sous peine de voir tous ses efforts partir en fumée.

 

 


Écrit par Amaury Châble

Image à la Une: ©Kristinn Magnússon

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