La Norvège est un pays où peu de français ont évolué. Il est donc rare d’avoir l’occasion de parler avec l’un de ceux qui sont partis s’exiler en Scandinavie. Quentin Westberg fait partie de ce cercle fermé. Après sa montée non validée en Ligue 2 avec Luzenac il s’était engagé avec le club de Sarpsborg 08. Le gardien de 27 ans, passé par l’INF Clairefontaine et aujourd’hui revenu en France du côté de Tours, nous raconte ce qu’il y a découvert lors de son expérience de quelques mois l’année passée …

Quentin Westberg sous les couleurs de Sarpsborg 08

 

 

Le championnat norvégien est méconnu en France, pourquoi, après avoir connu trois clubs français, tu décides de signer à Sarpsborg?

Après mes démêlées judiciaires avec Luzenac je me suis retrouvé sans club, il n’y avait pas de demande en Ligue 1 ou en Ligue 2 à mon poste et je n’avais pas envie de retourner en National malgré plusieurs offres. En mars on me propose de passer quelques jours d’essai là bas. Assez vite ça me plait et ils me font savoir que pour eux l’essai est concluant. L’expérience me tentait.

 

Comment est la vie là bas ?

La vie en Norvège est différente de la vie française mais très sympa. Le cadre de vie est génial, les gens sont sympas. Je n’ai connu qu’un club, je ne sais pas tout à fait comment ça se passe ailleurs mais c’était un club très familial. En France on a tendance à très vite parler de club familial mais là encore c’était différent. Il y avait des bénévoles qui s’occupaient de l’intendance. C’était des personnes à moitié retraitées qui se relayaient. Par exemple ils préparaient les repas, si un joueur avait des problèmes d’électricité ils étaient là.  Ils s’occupaient vraiment  de la vie du club. Quand il a fallu financer l’écran géant du stade ils sont allé démarcher les gens. C’est un club qui inclut la communauté, tu défends la ville en tant que footballeur et ça on le ressent vraiment là-bas.

 

L’adaptation a-t-elle été dure ?

Non pas du tout, ça s’est fait tout de suite. Footballistiquement quand t’enlèves les appréhensions que tu as étant français tu vois vite que c’est un bon championnat. Le premier entraînement, ils ont juste fait trois quarts d’heure de finition parce que c’était après un match. Ils frappaient forts, précis, j’ai tout de suite vu qu’il y avait des joueurs de qualité.

Quentin Westberg au côté du danois Steffen Ernemann

 

Comment tu situerais la Tippeligaen par rapport à la Ligue 2 où tu évolues actuellement ?

Le championnat norvégien est moins compact que la Ligue 1. Les meilleurs clubs seraient des bons sixième ou septième en Ligue 1, les moins bons joueraient le bas de tableau en Ligue 2. C’est un peu semblable à l’Angleterre avant l’arrivée de moyens financiers importants. Le jeu est très direct, il y a de l’impact, du rythme, de la vitesse et peut-être un peu moins de gestion tactique mais c’est très sympa à voir.

« La Norvège, c’est loin du sous-championnat qu’on peut imaginer en France, de la même manière que la Suisse ou la Belgique, avec en plus l’idée que c’est le grand Nord. »

Le football n’est pas le sport numéro 1 en Norvège, mais est-ce que c’est tout de même suivi ? Il y a du monde dans les stades, une bonne ambiance ?

Le football est très suivi en Norvège. J’ai participé au parcours en coupe de Norvège avec Sarpsborg. Je suis parti avant mais ils ont été en finale. Mes amis là-bas m’ont raconté que c’était exceptionnel, pour la finale tout le monde descend à Oslo pour un week-end de trois jours. Sinon on va dire qu’à Sarpsborg il y a cinq mille supporters très fidèles qui ont des chants spécifiques. Les stades norvégiens font environ 15 000 places mais sont rarement pleins, ils sont modernes, il y a une bonne ambiance. C’est différent de ce qu’on peut connaître en France. Les supporters ont une vraie reconnaissance pour les joueurs qui est sympa à expérimenter. Le football est très médiatisé là-bas, les gens nous reconnaissent dans la rue.

 

A Sarpsborg tu n’as pas tout de suite eu ta place de titulaire, comment ça s’est passé ?

Je signe à Sarpsborg pour concurrencer le gardien titulaire. Il se trouve qu’il était plutôt en forme et que j’ai dû au début me contenter de la coupe. Après il y a le match contre Brann, je fais deux arrêts en toute fin de match avant de sortir deux penalties. Après ce match l’entraineur m’a donné une place de titulaire. En tout j’ai joué huit matchs, dont quatre en championnat. J’ai eu l’occasion d’affronter Rosenborg, Molde et Stabæk deux fois, c’était très intense. Une fois que j’ai eu ma place de titulaire, le club a voulu me garder, ils m’ont proposé une prolongation de contrat de deux ans et demi mais à ce moment-là Tours est arrivé. J’ai une femme et deux enfants qui étaient en France, le projet de Tours me convenait, j’ai pris la décision de rentrer. J’avais un accord oral de Sarpsborg qui me permettait de quitter le club si je le souhaitais avant la fin de mon contrat en décembre. Ils ont eu la classe de respecter cet accord et de me permettre de quitter le club.

 

Vous aviez une petite communauté de français avec Habib Bellaïd et Jérémy Berthod ?

Jérémy Berthod avait annoncé deux semaines avant que j’arrive qu’il arrêtait le foot, tout le monde était encore sous le choc. Habib Bellaïd c’est un ami d’enfance, il a rejoint le club un mois et demi après moi, il sortait de deux années très difficiles et comme moi il avait besoin d’une nouvelle expérience. On a vécu un super truc. Après on ne peut pas vraiment parler de communauté, on a décidé de bien s’intégrer au groupe, j’ai encore énormément de contacts à Sarpsborg.

 

Tu avais conseillé à Habib Bellaïd de venir en Norvège ou c’est une coïncidence que vous vous y retrouviez tous les deux ?

Je ne lui ai pas conseillé de venir, le club le voulait il m’a demandé ce que je pensais, c’était un peu rapide pour vraiment le conseiller étant donné que je venais d’arriver mais je lui ai donné une tendance. Je lui ai dit à peu près la même chose qu’à Alexy Bosetti, à savoir qu’on se régale, qu’on joue au foot et que, un peu comme aux Etats-Unis, le bien être du joueur est favorisé.  On nous met dans de bonnes dispositions, on petit-déjeune et on déjeune en groupe, le club fait vraiment en sorte que tu puisses travailler sereinement de manière relax mais tu ne bâcles pas l’entraînement, au contraire il y a une discipline naturelle de travail. Dans la mentalité tu es footballeur professionnel et rien d’autre, tu as des moments pour toi, mais en dehors tu bosses. C’est très différent de ce qu’on trouve en France où il y a des gros travailleurs mais aussi des joueurs qui pensent que leurs qualités intrinsèques suffisent. Pour illustrer le côté travailleur, l’équipe a joué sept matchs en vingt-trois jours, au dernier match je n’avais jamais vu une équipe aussi fatiguée. Les joueurs donnaient tout, ils ne voulaient pas tourner, s’ils pouvaient être titulaires pour les sept matchs ils le faisaient.

 

Alexy Bosetti fait le chemin inverse du tien en quittant Tours pour rejoindre Sapsborg, j’imagine que tu n’es pas totalement étranger à ce transfert …

Une semaine avant que l’information devienne officielle, le directeur de Sarpsborg m’appelle pour me demander ce que je pense d’Alexy. Le lendemain il me demande si on peut déjeuner ensemble pour que je lui raconte ce que j’ai vécu là-bas. Je lui ai fait part de mon expérience, on a appelé Malaury Martin et Habib Bellaïd qui lui ont aussi raconté comment c’était. De son côté il a demandé à Jérémy Berthod. Apparemment ça lui a suffi. Je lui ai montré qu’il n’allait pas perdre son temps s’il s’investissait et qu’il allait prendre du plaisir. C’est loin du sous-championnat qu’on peut imaginer en France, de la même manière que la Suisse ou la Belgique, avec en plus l’idée que c’est le grand Nord.

 

Est-ce qu’il y a des équipes qui t‘ont marqué pendant ton passage à Sarpsborg ?

Il y a deux équipes qui m’ont plu : Rosenborg et Molde. Rosenborg c’est une très bonne équipe avec un milieu très fort et des attaquants de qualité comme Helland et Søderlund (maintenant à Saint-Etienne). Molde c’est un collectif très bien huilé. Sinon j’ai bien aimé Stabæk, dans un style plus latin, les joueurs sont moins grands mais tout aussi physiques, ça joue très bien au ballon avec des passes en profondeur pour Diomande et El Ghanassy. En revanche Mjøndalen ce n’était pas du foot. Ca ressemblait au Stoke d’il y a six ans avec que des longs ballons. Dès qu’ils arrivaient dans les quarante derniers mètres ou qu’ils avaient une touche tout le monde allait dans la boîte.

Quentin Westberg lors d’une sorti aérienne contre Stabæk

Beaucoup de joueurs de Tippeligaen rejoignent les grands championnats européens …

En France c’est moins le cas même si pendant ce mercato Søderlund a signé à Saint-Etienne, Fofana à Lorient et que Lens et Brest ont aussi recruté des joueurs en Norvège. Depuis mon retour des recruteurs m’ont posé des questions et c’est vrai qu’il y a des joueurs que je recommanderais. Quand je suis arrivé, un de mes coéquipiers m’a montré que sur les dix meilleurs buteurs du championnat, sept avaient signé en Allemagne, en Angleterre ou étaient partis en Chine pour des gros contrats. C’est un championnat intéressant pour les recruteurs car il y a des joueurs de qualités et que les transferts et les salaires sont moins élevés.

 

Quels souvenirs tu gardes de cette expérience ?

Déjà il n’y a pas un matin où je ne suis pas reconnaissant de Sarpsborg. Humainement c’était une expérience très forte, j’ai découvert une nouvelle culture, un championnat qu’on méprise souvent en France mais qui vaut le coup. Mais la Norvège c’est aussi des paysages et un mode de vie à part. J’ai eu l’occasion de visiter Bergen, Stavanger et Aalesund, c’est un très beau pays. J’y retournerai l’été prochain.

4 thoughts

  1. Très bonne interview. Quentin a l’air d’être quelqu’un de très sympa. Pour être aller en Norvège je regrette un peu que les questions n’aient pas plus porté sur le pays en tant que tel.

    1. Merci beaucoup ! Quentin est effectivement très sympa. Oui tu as raison j’aurais pu poser des questions plus ciblées sur le pays, j’y penserai pour la prochaine fois

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