Derrière le haut niveau du football mondial, le monde du ballon rond regorge de footballeur aux parcours sinueux. Celle de Mamadou Baldé, 26 ans fait partie de ces histoires. D’étudiant en droit à footballeur professionnel, il a dû travailler trois fois plus pour réussir à vivre de sa passion.

Mehdi Bouttier a pu s’entretenir longuement avec lui pour évoquer son parcours qui passe par le Danemark, le Portugal, la Mongolie et sa dernière destination, Grythyttans IF, en Suède :

Bonjour, peux-tu te présenter à nos lecteurs ?

Mamadou Baldé, j’ai 26 ans, je suis français d’origine sénégalo-guinéenne. Je joue comme latéral droit, milieu droit au Grythyttans IF, en cinquième division suédoise (Div 3 Västra Svealand en dénomination suédoise).

Tu viens du football amateur, comment on fait pour passer de joueur amateur au statut professionnel ?

Disons qu’il a fallu que je me rende compte que je pouvais aller loin et sortir de ce niveau amateur. A partir de ce moment là, j’ai cherché en France ce qu’il pouvait s’offrir à moi mais j’ai vite compris que c’était très compliqué à ce moment là. Je me suis intéressé aux clubs étrangers qui me donnaient plus de chance d’accéder au statut pro. Donc, en quelques mois, j’ai travaillé beaucoup plus pour me préparer en cas d’éventualité. 

Pourquoi dis-tu qu’il n’y avait rien en France à ce moment-là ?

En France, on donne plus de crédit à un jeune qui sort d’un centre de formation. Moi, j’ai un parcours différent, j’ai pas joué au foot toute ma vie, j’ai fait d’autres choses donc c’est normal d’accorder plus de crédit à des jeunes qui sont dans le circuit depuis plus longtemps que moi au départ.

Depuis combien de temps, tu as fait du foot ta priorité ?

Depuis que j’ai joué en senior au club de Reims Saint-Anne en 2015. A l’époque, je naviguais entre l’équipe réserve et la DH. J’étais un peu l’électron libre, je jouais avec l’équipe A quand ils avaient besoin de joueur. Ça m’a beaucoup forgé et j’ai beaucoup appris sur moi-même.

Tu as une sacrée expérience pour ton jeune âge, quelles sont les étapes décisives qui ont forgé ton parcours de footballeur ?

D’abord, c’est quand j’ai décidé d’arrêter mes études pour me consacrer au foot. J’étais à la fac de droit à Reims et je me suis rendu compte que ce n’était pas un milieu qui m’épanouissait, il me manquait quelque chose notamment le sport ! J’avais atteint mon objectif premier en matière d’étude qui était d’avoir mon bac. A cette période, j’ai eu des soucis d’ordre familiaux qui m’ont poussé à réfléchir sur mon parcours. A partir de ce moment là, je me suis donné les moyens pour réussir dans le foot, j’ai commencé à travailler plus sur moi-même, à m’entraîner beaucoup plus. J’étais avec les U19 dans mon club pour avoir plus d’entraînement que les autres.

Comme je t’ai dit, j’ai vite compris que dans les clubs en France, il n’y avait rien pour moi donc je me suis tourné vers l’étranger. J’ai pris des cours pour améliorer mon anglais et continuer d’avoir une certaine rigueur. C’était une année particulièrement difficile pour moi, j’étais en cours, je m’entraînais et je travaillais en région parisienne donc je faisais 4/5 aller-retour dans la semaine entre Reims et mon lieu de travail. C’est une période de déclic car j’ai commencé à chercher partout des clubs. Tu vois c’est ca  mon secret, c’est la persévérance avant tout. 

L’originalité de ton parcours est que tu n’as pas d’agent, tu travailles seul. Comment tu fais ?

Faut savoir que j’en ai eu des agents au cours de mon parcours mais ils m’ont plus ramené de soucis que fait avancer ! Au départ, je démarchais moi-même les clubs, j’envoyais des mails, j’appelais des responsables de clubs en cherchant leurs numéros sur internet. Ça m’a beaucoup appris sur comment contacter les clubs, je notais les bonnes formules, quel pays préfère quelle qualité, d’autres recherchent ce type de joueur.

Comme j’aime bien le dire, « faut savoir poser ses couilles sur la table, je suis peut-être Mamadou Baldé, j’ai peut-être un niveau plus bas comparé aux joueurs de ton équipe mais je vais te faire changer d’idée, laisse moi juste une chance ! ». Le fait de parler directement avec les dirigeants des clubs quand d’autres laissent faire leur agent, c’est ce qui a fait la différence. Mais depuis 1 mois, j’ai signé avec un agent pour qu’il me fasse passer un cap. Je travaille aussi avec un conseiller sportif qui m’a beaucoup aidé comme intermédiaire avec les clubs, il a des contacts en France et à l’étranger. Et c’est lui qui m’a ramené ici.

Mais comment tu faisais concrètement pour démarcher des clubs à l’étranger ?

Les clubs demandent en général des vidéos et ça c’est une chose que j’ai compris très tôt. Du coup, lorsque j’étais à Reims, je demandais à des amis de filmer mes matchs pour réaliser des highlights. Ça faisait jaser d’ailleurs au sein du club mais moi, je m’en contrefiche de ce que pensent les autres, je sais ce que je veux, ce que je vise. Au début, c’est un ami qui réalisait mes vidéos mais je me suis vite formé au montage pour les faire moi-même. Je connais mes matchs, je sais ce qu’il faut mettre en avant, j’ai trouvé que c’était plus facile. Et depuis cette période, je fais toujours des vidéos highlights de mes matchs. Ça me permet aussi d’analyser mes performances, je fais mes propres séances vidéos !

Pour revenir sur ton parcours, t’es passé par la Lituanie, tu as joué au Danemark, au Portugal,…

(Il coupe) Le Portugal, c’était l’un des meilleurs endroits où je suis passé en matière de foot ! C’était en division 4 mais j’avais des conditions optimales, avec une maison pour moi. J’étais super bien là-bas mais à cause d’une galère sur mon transfert, je pouvais plus jouer là-bas donc j’ai décidé de rentrer en France.

Parmi toutes tes expériences, l’une des plus incroyables, c’est la Mongolie où tu as joué il y a deux ans au Arvis FC. Comment tu t’es retrouvé là-bas ? 

Il faut savoir que deux ans avant d’aller en Mongolie, on m’avait déjà proposé de jouer là-bas mais moi, je savais même pas où c’était ! En regardant sur internet, j’avais vu qu’il faisait très froid, moi qui suis frileux, ça m’attirait pas. Après ça, je me suis mis à suivre le football mongol, je regardais des résumés sur Youtube, des matchs en direct en pleine nuit ! 

Du coup, quand je rentre du Portugal, j’étais dégoûté du foot, j’avais envie d’arrêter ! J’étais vraiment au plus bas mentalement jusqu’à ce fameux appel en pleine nuit où un mec me propose de venir en Mongolie. Au début, je pensais que c’était une blague, du coup, je lui raccroche au nez. Finalement, je le rappelle, on échange, il me demande ce que je fais en ce moment et en fait, je réalise qu’il suivait mon parcours depuis longtemps. C’est un monsieur qui maintenant à un poste assez important dans l’équipe nationale de la Mongolie, quelqu’un qui est assez installé dans le football mongol. Je lui explique ma situation, que j’étais à la recherche d’un club. Il m’explique que justement des clubs mongols recherchent absolument des joueurs français et me demande si ça peut m’intéresser. Et je lui dis : « ben ouais pourquoi pas ». De toute façon je n’avais plus rien à perdre ! 

Il me fait alors deux propositions : un club en première division et l’autre en deuxième division. A la suite des discussions avec le premier club, je refuse l’offre car le timing était trop court. Pour la deuxième proposition, j’avais plus de temps pour pouvoir parler avec le coach, qu’il m’explique ce qu’il voulait faire de moi, m’assure que j’aurai du temps de jeu. C’est ce qui a fait peser la balance : j’ai senti un intérêt de sa part, le coach me voulait vraiment, il me parlait de mes qualités, il aimait bien mon leadership. Finalement, je choisis le club d’Arvis FC, en deuxième division et je me retrouve en Mongolie, à Oulan-Bator, c’était… Si un jour, on m’avait dit que je mettrai les pieds en Asie et notamment en Mongolie, j’y aurai jamais cru ! C’était une expérience vraiment folle !

Et quelle est la particularité du football mongol ?

J’avais dit dans une interview précédente que dans quelques années, le football mongol va devenir très très important dans le monde et c’est ce qu’il est en train de devenir. On ne s’en rend pas compte car on est loin de tout ça mais moi je continue de le suivre. C’est un championnat où il y a des joueurs très techniques, j’ai vu des joueurs avec des touchers de balles extraordinaires.

La particularité du foot mongol, c’est qu’en hiver, le championnat se transforme en futsal et c’est une compétition très importante. Donc, les joueurs sont habitués à jouer dans des petits espaces, il arrive à se sortir de situation difficile. Alors quand ils ont plus d’espaces, je te raconte pas ! En fait, c’est un football beau à voir, ils font du bon boulot au niveau de la formation là-bas ! 

Pour revenir sur ton actualité, comment tu t’es retrouvé dans le club de Grythyttans IF ?

Quand je suis revenu en France, j’ai joué dans certains clubs français, à côté d’Orléans, en région bordelaise mais c’était de courtes expériences. Pour retrouver un club, début janvier, j’ai contacté Jonathan, le conseiller sportif dont je te parlais. En cherchant, il me trouve le club de Grythyttans IF qui venait de monter en troisième division pour la première fois et qui cherchait des joueurs de mon profil. J’avais besoin de jouer donc les négociations se sont fait rapidement et je suis arrivé en avril pour la 2e journée.

Crédit photo : Instagram Mamadou Baldé.

Comment le club t’a présenté les objectifs de la saison ?

Faut savoir que tout est nouveau ici, le coach est nouveau, plus de la moitié de l’effectif sont de nouveaux joueurs. Le club m’a expliqué qu’on allait jouer le maintien et après si on est bien dans le classement, pourquoi pas viser plus haut. Mais là avec la situation, tu te rends bien compte que c’est compliqué (le club occupe la dernière place du classement). Le fait de participer à cette nouvelle histoire au sein du club, j’ai trouvé ça intéressant.

Quel est ton rôle au sein de l’équipe ?

(Il rigole) J’ai un peu un rôle de gueuleur ! J’ai un rôle de rassembleur malgré mon anglais un peu bateau, un peu « Where is Bryan ». Je prends beaucoup la parole dans le vestiaire pour remettre tout le monde sur les bons rails. J’ai un peu un rôle de grand frère car il y a beaucoup de très jeunes joueurs donc j’essaye de leur montrer la direction du travail, j’apporte beaucoup d’importance à ça. En fait, je m’entraîne dur pour montrer aussi la voie. Comme je disais à mes coéquipiers, sur le terrain, je suis un autre homme.

En dehors, je rigole beaucoup, je parle avec tout le monde mais sur le terrain, je suis très dur d’abord avec moi-même et avec mes coéquipiers. Après je leur apprends aussi  à accepter qu’on peut tous rater, c’est pas grave, mais on doit s’encourager et je ramène ce côté positif. Dans un match, quand on va rater des choses, je suis le premier à applaudir quand même. Je suis le premier à dire qu’il faut pas s’excuser sur le terrain, t’as raté, c’est pas grave, excuses-toi d’abord à toi-même et après fait ce que tu as à faire. Tu vois, c’est ce côté là que j’apporte avec mon expérience et mon calme à certains moments.

Comment vois-tu le football suédois et la qualité des joueurs locaux ?

C’est un football assez physique avec des joueurs qui ont de sacrés gabarits. Lors de mon premier match, je me suis fait pas mal rentrer dedans et j’ai pas du tout accepté. Je me suis dit qu’il fallait que je travaille beaucoup plus. Au club, on a une salle de musculation accessible toute la journée même tard le soir. J’y vais deux fois par jour, avec l’équipe ou tout seul. Par exemple, lorsqu’on s’entraîne le soir de 18h à 20h, après je rentre chez moi, je mange un bout et à 21h30 je suis à la salle pour travailler pendant une heure. C’est un moment qui me permet de décompresser de la journée.

D’ailleurs, petit à petit, j’ai été rejoint par des coéquipiers et c’est devenu plus un moment d’équipe que perso mais c’est bien ! Deux fois par jour à la salle pour travailler ce dont j’ai besoin, je cherche pas à avoir un corps de bodybuildeur non plus, mais juste pour être prêt physiquement. Sur le terrain, j’ai un jeu assez intelligent, assez malin: si je vois que le joueur sur mon côté est plus large que moi, plus gros que moi, qu’il court plus vite que moi, je vais chercher tout de suite le truc pour le bloquer, j’accepte pas de me faire rentrer dedans sans réagir.

Et le fait que tu travailles à la salle régulièrement pour être plus solide sur le terrain, c’est parti d’observations personnelles ou de conseils de ton coach ?

Ah non pas du tout, personne m’a fait la remarque, c’est une observation que j’ai fait toute seul. Je me suis rendu compte au premier match que même le plus petit joueur adverse était plus grand que moi. Mais même s’ils étaient grands, sur les ballons aériens, ils sautaient pas plus haut que moi. Du coup, j’ai compris qu’ici en Suède, l’important c’est le physique, tu peux te faire casser en deux donc il faut que tu sois prêt physiquement pour affronter les chocs. 

Pour se faire sa place dans le football suédois, le physique prime et Mamadou Baldé l’a bien compris. Crédit photo : Instagram Mamadou Baldé.

Je sais que tu as aussi d’autres projets à côté du foot comme la sortie d’un livre. Est-ce que tu peux nous en dire plus ?

Oui, bien sûr. J’ai écrit un recueil de poèmes qui doit sortir très bientôt. C’est l’un de mes plus vieux secret, c’est que j’écris depuis que j’ai 12-13 ans, j’ai plus d’une centaine de textes. Au départ, j’écris pour raconter ma petite vie et puis pour toucher le plus de personnes. Un jour, j’ai eu l’idée d’un titre, Journal d’un cancre qui est devenu le nom de mon livre que je m’apprête à sortir. Je ne m’imaginais pas sortir un livre à mon âge mais il ne faut jamais remettre les choses qu’on peut faire maintenant à demain.

J’ai été poussé par ma famille aussi pour faire quelque chose de mes écrits, de trouver une maison d’édition. A travers ce livre, je retrace un peu mon parcours, je parle aussi de chose délicate sur moi que je n’ai pas eu l’occasion d’évoquer, j’essaye d’avoir la vision de ce jeune d’aujourd’hui qui fait tout pour s’en sortir. L’objectif c’est de pousser les plus jeunes à lire, écrire, leur montrer que c’est possible ! 

Et pour finir sur le foot, quels sont les objectifs que tu te fixes dans le moyen terme ?

Je suis quelqu’un qui vient de très loin et qui est très ambitieux donc j’irai taper le plus haut possible. En tout cas, faut pas me montrer une faille car je vais l’exploiter à fond ! Si demain j’ai la possibilité d’avoir un club de Ligue 1, je prends tout de suite, je ne me pose pas de question !Sur le moyen-terme, je recherche la stabilité, c’est quelque chose que j’aimerai avoir depuis au moins un an.

L’idée c’est de trouver un club où je peux évoluer au moins 2-3 ans pour y poser mes valises et construire quelque chose de plus durable. Comme le dernier match avant la trêve approche (le 6 juillet en Suède), j’ai reçu pas mal de sollicitations grâce à mes performances. J’ai des touches en Suède, en deuxième division mais aussi en France. Après l’un de mes objectifs, ça serait d’atteindre la sélection avec la Guinée, si je peux pousser aussi loin dans le haut niveau, je fonce ! J’aime bien le dire en rigolant mais « l’impossible n’est pas Mamadou » !


Interview réalisée par Mehdi Bouttier.

Photo à la une : Filipstands Tidning.

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