Aujourd’hui nous vous proposons de partir au Danemark, dans la région de Copenhague et plus précisément à Farum pour découvrir un poste assez méconnu du grand public et pourtant si important. Pour devenir un bon gardien de but comme pour devenir un bon joueur de champ, il faut s’entraîner et travailler dur.
Nous sommes donc entrés en contact avec Iñaki Caña, entraîneur des gardiens du FC Nordsjaelland pour parler de sa carrière, de sa philosophie, du football danois et de son poste.

Carrière et expériences personnelles :

Pour commencer, pouvez-vous nous parler un peu de votre carrière? Comment êtes-vous devenu entraîneur des gardiens?

Ayant été gardien de but, j’ai toujours été en lien avec ce poste. Cependant, à mon époque le poste d’entraîneur des gardiens n’existait pas. On participait au même entraînement que nos coéquipiers, en faisant des exercices qui n’avaient aucun sens et avant un match, on demandait juste au gardien de s’échauffer et de se préparer pour que le reste de l’équipe puisse faire des tirs. C’est en partie pour cette raison que j’ai toujours pensé qu’il fallait mieux aider les gardiens de but… et toujours les écouter et essayer de les comprendre. C’est comme ça que tout a commencé.
Désormais, j’ai le plus haut niveau de qualification dans l’entraînement des gardiens, reconnu par la RFEF (fédération royale espagnole de football) et par l’UEFA avec la Licence A. J’ai commencé à entraîner à la FCB Escola (centre de formation du FC Barcelone) puis j’ai créé ma propre académie pour les gardiens de buts, ZonaPorters, à Barcelone.
J’ai ensuite travaillé au CE Sabadell en 2e division espagnole, champions de la Coupe de Catalogne en 2015-2016.
Je travaille maintenant au FC Nordsjaelland  au Danemark et c’est ma deuxième saison en Superligaen.

Comment êtes-vous arrivé au FC Nordsjaelland?

Je suis venu ici grâce à Luis Llopis (entraîneur des gardiens du Real Madrid) et Jose Daniel Martinez (analyste du club). J’ai rencontré Luis à la RFEF et nous avions des relations, un mode de pensée et des techniques assez similaires. Il m’a mis en contact avec Jose Daniel puis j’ai reçu une offre du club. Ils m’ont dit que c’était un poste fait pour moi par la façon de travailler qui était similaire à celle que j’avais au FC Barcelone et que je pourrais aider les gardiens du club à se développer.

Avez-vous remarqué des différences entre la vie en Espagne et la vie au Danemark?

Bien sûr ! Quand on voyage et qu’on change de pays il y a toujours des changements dans le climat, la gastronomie, la culture… Nous avons été très bien accueillis ici avec ma femme par tout le staff du club. Nous sommes très contents de vivre ici.

Que pensez-vous du niveau de la Superligaen?

Le football au Danemark est vécu avec passion, il y a une bonne tradition du football. Le jeu est un peu plus direct qu’en Espagne mais les clubs sont bien structurés. Pour parler du FCN, je dois dire que je m’identifie beaucoup au modèle et aux valeurs du club. On prend soin des joueurs et on essaie toujours de produire du beau jeu avec des initiatives  sur chaque action. Nous nous développons beaucoup dans de nombreux aspects, nous faisons notamment partie des clubs européens de haut niveau avec la plus faible moyenne d’âge. Nous formons de nombreux joueurs amenés à jouer en équipe nationale dans différentes catégories.

 

Philosophie de football :

Former des joueurs et être capables de rivaliser avec de grands clubs avec notre modèle de jeu.

Extrait d’une présentation qu’il fait aux gardiens avec les valeurs et les qualités attendues

Vous avez travaillé au FC Barcelone qui est un très grand club. Quelles sont les principales différences entre un club comme celui-ci et le FC Nordsjaelland?

Travailler au FC Barcelone donne de nombreuses opportunités : nous sommes en contact avec un grand nombre de joueurs et d’entaîneurs.
Cependant, sur le plan méthodologique je dirais que maintenant, avec notre modèle, nous ne sommes pas si loin des grands clubs européens. Evidemment, les ressources économiques et sociales ne sont pas les mêmes mais nous avons de bons résultats dans toutes les catégories.  Nous voulons tous nous battre pour les premières places du classement sans pression, ce qui fait que les joueurs prennent bien plus de plaisir.

Comment ressentez-vous l’impact de Tom Vernon et de la Right to Dream Academy, et de leurs valeurs ?
(Tom Vernon est le président du club et fondateur de la Right to Dream Academy, académie basée au Ghana avec laquelle le club a un lien fort, NDLR) 

Cet impact est très bon pour nous tous parce que ça donne de l’importance aux valeurs du sports et aux valeurs humaines en général. Ce modèle est respecté dans tous les domaines. Tom Vernon a fait, fait et continuera à faire tout son possible pour aider les joueurs qui ont peu de ressources familiales, mais qui ont un grand potentiel.
À titre personnel, je suis fier de faire partie de ce beau projet social, humain, éducatif et sportif.

Avez-vous déjà participé à des entraînements avec des jeunes joueurs de la Right to Dream Academy?

Oui, bien sûr. En plus de travailler avec les gardiens du club nous devons nous intéresser à tous les joueurs de l’académie. Je dois dire que j’ai été agréablement surpris par leur qualité et par le bon travail qu’il fournissent chaque jour.

Entraînement et Gardiens :

Tous les exercices, jeux et situations que je propose en entraînement ont un lien direct ou indirect avec des actions de jeu auxquelles les gardiens sont confrontés en match. Il n’y a pas toujours les mêmes objectifs, cela dépend du moment et des besoin. Ca peut être un exercice mental, ludique ou même de la prise de décision. Il y a plusieurs façons de travailler les différents aspect d’un gardien de but. Ca n’a pas toujours à être traditionnel, les gardiens apprécient alors plus et ont l’esprit plus ouvert.

Iñaki Caña et Runarsson en plein entraînement

Selon vous, qu’est-ce qu’un gardien de but complet? Comment réussir à en devenir un?

Je ne pense pas qu’un seul point fort puisse suffir aujourd’hui, et d’autant plus à un niveau professionnel où les qualités demandées sont maximales. Il faut avoir des compétences aussi bien au niveau physique qu’au niveau tactique. Une des caractéristiques que j’apprécie et que je regarde avant le reste est la mentalité : il faut un esprit de compétition, une bonne mentalité sur et en dehors du terrain, une bonne posture et surtout la soif d’apprendre et la volonté de devenir meilleur à tout instant.
Ecouter, comprendre, observer et aider chacun de mes gardiens est ma principale motivation quotidienne.

Vous êtes actifs sur les réseaux sociaux et postez des vidéos de vos entraînements avec Runarsson sur YouTube. En quoi est-ce si important pour vous?

J’aime partager ma façon de penser et de travailler. J’estime que cela permet d’aider les gens et par dessus tout de grandir tous ensemble. Durant les dernières années, l’entraînement des gardiens a beaucoup évolué et ceci en partie grâce aux informations disponibles sur les réseaux sociaux. Lorsque je jouais encore, le niveau des entraînements était malheureusement très faible…

Que pensez-vous de la compétition entre gardiens au sein d’un club? Quels sont les meilleurs moyens de les faire progresser ensemble?

Au poste de gardien, c’est souvent le même joueur qui est titulaire et il est difficile de changer ce statut à chaque match. Pour cette raison, il faut mettre en place des bases de travail et d’attitudes très solides dès le début. Ils sont tous aussi importants même si chaque personne est différente et il faut être honnête avec chacun : ils ont tous un rôle et chacun a son moment d’importance.

Les gardiens du club :

La saison précédente, le groupe comportait 3 jeunes gardiens :
Rúnar Alex Rúnarsson (22 ans), international espoir islandais formé au KR Reykjavik, au club depuis 2014;
Indy Groothuizen (21 ans), gardien hollandais prêté par l’Ajax, désormais à l’ADO den Haag
Patrik Carlgren (25 ans), international suédois (1 sel.) arrivé libre en février après sa fin de contrat à l’AIK. Il joue maintenant à Konyaspor en Turquie.

De gauche à droite : Indy Groothuizen, Iñaki Caña, Runar Alex Runarsson et Peter Vindahl Jensen

Cette saison, Rúnarsson est toujours au club et est accompagné de Nicolai Larsen (26 ans), ancien joueur d’Aalborg, et de Peter Vindahl Jensen (19 ans), pur produit du club.

L’année dernière, vous aviez 3 jeunes gardiens très talentueux. C’était un peu une surprise de voir Runarsson devenir le titulaire indiscutable. Comment ce choix s’est-il fait? Êtes-vous un peu déçu des deux autres gardiens?

Pour moi ce n’est pas une surprise qu’Alex ait joué tant de matchs et ait été performant à un si haut niveau. Dès qu’il est arrivé au club j’ai vu son potentiel. Il ne faut pas oublier qu’il n’a que 22 ans et qu’il a encore une grande marge de progression, c’est un gardien qui aura un grand futur. Patrik et Indy n’ont pas pu montrer plus de talent parce qu’Alex ne leur a pas laissé la place avec ses performances, mais je suis très satisfait de l’excellent travail qu’ils ont fournit lors de chaque entraînement tout le long de la saison et de leur implication personnelle. Patrik Carlgren a d’ailleurs joué les 5 derniers matchs de la saisons quand Alex était blessé et il a fait de très bonnes performances.
Cette année il ne faut pas oublier qu’aux côtés d’Alex nous avons Nicolai qui est un gardien qui a un bon bilan et une bonne expérience, et Peter qui est un joueur très prometteur.
Je suis très heureux des gardiens que j’ai eu jusqu’ici au club.

Rúnar Alex Rúnarsson est devenu l’un des meilleurs gardiens du championnat et a également été appelé pour la première fois en équipe nationale. Que pensez-vous de sa progression, jusqu’où peut-il aller?

Tout d’abord je dois dire qu’Alex est une bonne personne et un excellent professionnel. Il veut toujours s’améliorer et demande le maximum dans chaque entraînement et dans chaque match. Il a un talent inné mais surtout une très grande marge de progression et un bon esprit de compétition.
Personnellement j’apprécie de travailler et de partager des moments tous les jours avec Alex, Nicolai et Peter.

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