À l’aube de la Coupe du Monde en Russie, et de la future opposition entre le Danemark et la France, nous vous présentons le maestro de la sélection nordique. Essentiel avec son club, incontournable chez les De Rød-Hvide, le talentueux Christian Eriksen confirme toute l’étendue de son talent. Atout N°1 des Danois, une bonne prestation au Mondial le ferait entrer encore un peu plus dans le gotha du football mondial.

Ses débuts avec le ballon rond

Christian Eriksen débute le football dans sa ville natale de Middelfart. Plutôt précoce, il commence le football dès l’âge de … 3 ans. En 2005, il intègre le club d’Odense situé à 50 kilomètres de Middelfart. Ses prestations, lors du championnat junior danois, lui valent d’être sélectionné avec les U17 de son pays. Et attirent également les cadors du foot européen. En 2008, après plusieurs essais notamment à BarceloneChelseaManchester United, le Milan et le Real, il décide de s’engager avec l’Ajax. Un choix judicieux voulu par le joueur pour son développement tant le club batave apparaît comme une véritable pouponnière et usine à champion.

Repéré par John Steen Olsen, recruteur danois sillonnant la Scandinavie pour Amsterdam depuis 1995, Eriksen suit donc le chemin de joueurs originaires de la même région d’Europe du Nord à l’instar de Jesper Grønkjær, Zlatan Ibrahimović ou plus récemment de Kasper Dolberg.  Steen Olsen est également l’instigateur de la venue des frères Laudrup, Michael et Brian. Les deux frangins terminent ainsi leurs glorieuses carrières sous la tunique des Godenzonen, respectivement en 1997/98 et en 1999/00.

Son éclosion 

Dans un premier temps, le jeune Eriksen évolue avec l’équipe des jeunes de l’Ajax. Le temps de s’imprégner de cette culture et tactique footballistique bien à part. Puis après deux saisons, il intègre l’équipe première alors dirigée par Martin Jol. Vite comparé à d’autres fameux joueurs formés au club tels que Rafael van der VaartWesley Sneijder ou bien encore l’icône danoise et ancienne gloire du club Michael Laudrup, tous N°10, son entraîneur de l’époque déclare lors de ses débuts au sein de l’effectif dans une interview accordée à Algemeen Dagblad :

« Eriksen n’aurait pas intégré l’équipe première si vite si j’avais eu des joueurs de classe mondiale tels que Wesley Sneijder dans mon équipe. Cependant, l’Ajax n’a pas ce luxe en ce moment, Eriksen a été assez impressionnant et il ressemble plus à un jeune de 23 ans qu’à l’adolescent qu’il est quand il arrive sur le terrain. Sa vision est absolument incroyable, il remarque tout ce qui se passe autour de lui quand il est en jeu. »

Assez vite, en janvier 2010, il est promu dans l’équipe première. Sa demie saison est très bonne. Elle est ponctuée par une Coupe des Pays-Bas remportée face Feyenoord. Et assez bonne pour voir son contrat prolongé jusqu’en 2014 et pour obtenir sa première cape internationale avec l’équipe nationale danoise.

La saison suivante, il s’installe définitivement dans la peau d’un titulaire. Ses stats augmentent. Son importance également. Il contribue grandement à remporter le titre de champion, le premier depuis sept ans. Sa saison est consacrée unanimement. Nommé meilleur joueur du club, il décroche aussi le titre honorifique de meilleur jeune joueur du championnat. Ce prix est attribué par un jury présidé par la Légende de l’Ajax : Johann Cruyff. Ce dernier déclare lors de la cérémonie :

« Ce prix n’est qu’un début, un stimulant pour tirer le meilleur parti de sa carrière, le talent est là, la reconnaissance aussi, maintenant c’est entre les mains du joueur. C’est un pur produit de l’école danoise. Il peut être comparer à Brian et Michael Laudrup. Seul le temps nous dira si Eriksen peut atteindre le même niveau qu’eux. »

De belles promesses 

La machine est lancée. Jouissant d’une grande liberté offensive, grâce à la tactique mise en place par Frank de Boer, Eriksen s’épanouit au sein du collectif de l’Ajax. Distillant les caviars, il participe pleinement aux 93 buts inscrits (meilleure attaque de l’Eredivisie) lors de l’édition 2011/12. Ainsi, Amsterdam conserve facilement sa couronne.

Christian Eriksen aura marquer de son empreinte son début de carrière à l’Ajax avec en 163 matchs : 32 buts – 65 passes décisives.

La saison suivante, il choisit de ne pas renouveler son contrat. Mais avant de partir, et pour conclure son expérience batave en beauté, il réalise tout simplement sa meilleure saison sous les couleurs rouges et blanches. Avec 10 buts en 33 matches, il parvient à conquérir un troisième titre consécutif de champion des Pays-Bas. Il peut partir avec la satisfaction du devoir accompli. A seulement 21 ans, mais après un cycle de cinq ans, ses dirigeants l’autorisent à chercher un nouveau club.

La confirmation en Angleterre

Ce nouveau club s’appelle : Tottenham Hotpsurs. En 2013, les Spurs raflent donc la mise contre un chèque de 11M£. Et dès sa première saison, il démontre l’étendue de son talent. Logiquement nommé Joueur de l’année du club, son adaptation est un vrai succès. Depuis son arrivée à Londres, ses productions régulières sont ponctuées de nombreux buts et offrandes à ses attaquants. Ainsi, le club progresse chaque saison au classement (6ème, 5ème, 3ème et 2ème). Très créatif, polyvalent, avec une technique largement supérieure à la moyenne, doté d’une excellente couverture de balle, c’est un élément majeur pour Tottenham. Sous les ordres de Mauricio Pochettino, il a encore pris une nouvelle dimension. Devenu la pièce maîtresse de l’entrejeu londonien, il évolue dans un cadre stable et ambitieux favorisant les bonnes performances.

Entamant sa cinquième saison sous le maillot des Lillywhites, pièce essentielle du dispositif tactique du technicien argentin,  Eriksen est positionné au cœur du jeu. Il dicte le tempo à son équipe. Pour faire référence au Superbowl et au foot US, c’est en quelque sorte le quarterback des Spurs. Il est LE joueur que ses coéquipiers cherchent en priorité afin d’animer le jeu de son équipeVéritable rampe de lancement, il aimante tous les ballons de son équipe pour en assurer la distribution grâce à ses passes lasers entre les lignes ou temporiser en gardant le ballon quand il le faut. Bref, c’est un milieu moderne.

« Il a énormément progressé avec Pochettino à Tottenham. C’est une équipe qui joue bien et qui doit nous inspirer. Et comme Tottenham va avoir un nouveau stade, pourquoi ne pas rester à Londres ?  » Åge Hareide, sélectionneur danois en conférence de presse lors de l’avant-match contre le Panama.

Pour bien illustrer son implication et son influence dans le jeu de Tottenham, voici une brève analyse tactique. Lors des phases de possession, l’équipe prend son temps pour organiser ses offensives. Le ballon tourne derrière pour générer un joueur libre, généralement un arrière central. Ensuite, dès ce premier décalage trouvé, le rythme s’accélère. Le ballon arrive très rapidement dans les pieds du Danois. Puis, l’excellente connexion avec les autres membres de l’attaque, notamment le duo offensif Dele/Kane, fait la différence.

« Quand vous voyez les milieux de terrain du Real Madrid et du FC Barcelone, aucun n’est plus fort que Christian Eriksen. Quand Luka Modric est arrivé au Real en provenance de Tottenham, il n’était pas aussi bon qu’Eriksen  » Åge Hareide, en conférence de presse lors de l’avant-match contre le Panama

Passes verticales entre les lignes, orientations vers les latéraux, déviations en une touche pour le partenaire le plus proche sont autant de combinaisons courantes des Spurs. Lors des phases de contre-attaque, et ce dès la perte du ballon, l’équipe met en place un pressing haut et agressif. Dès la récupération du ballon, Eriksen est souvent l’initiateur ou le finisseur de ces actions fulgurantes. D’ailleurs, comme en attestent ses bonnes stats, Eriksen est impliqué dans plus d’un tiers des buts de son équipe en Premier League avec 10 buts et 11 assists, notamment grâce sa lourde frappe chirurgicale.

Christian Eriksen est son joujou, 50 passes décisives lors des 3 dernières saison avec les Spurs.

Son ancien coach à l’Ajax, Frank de Boer, le pense déjà prêt pour passer un nouveau pallier. A Tottenham ou pourquoi pas sous d’autres cieux, notamment en Catalogne comme il le déclare en avril 2017 à l’émission néerlandaise Rondo sur ZiggoSport :

« Je pense aussi qu’il est prêt pour le prochain niveau. Il a tout ce dont un joueur de Barcelone a besoin. Il a une vue d’ensemble, une éthique du travail, peut jouer à gauche et à droite, il est plutôt complet. »

Avec la sélection danoise

A seulement 25 ans, Eriksen possède déjà une solide expérience internationale. Régulièrement appelé avec les sélections de jeunes, il entre dans la catégorie des joueurs hors normes. Quatrième plus jeune international danois à débuter en sélection à 15 ans avec les U17, il est également le plus jeune débutant depuis un certain … Michael Laudrup. Avec soixante-treize capes, Eriksen est bien parti pour battre d’autres records. D’ailleurs, il pourrait bien effacer les 129 sélections de l’ancien portier viking, le mythique Peter Schmeichel.

Fort de son expérience en club, Eriksen est devenu un cadre de la sélection danoise. Un joueur capable de faire la différence comme lors du barrage retour contre l’Irlande, qualificatif pour la prochaine Coupe du Monde. Ce soir là, à Dublin, il s’offre un triplé climatisant un Aviva Stadium comble. Il permet ainsi au Danemark de retrouver les joies d’une compétition internationale après leur absence cumulée à la Coupe du Monde 2014 et à l’Euro 2016.

Mais avant de devenir LE patron des Rouges et Blancs, Eriksen a dû évoluer. Il a développé ses capacités. Il a appris. Il a pris confiance en lui. Et surtout, il a compris qu’il devait, et qu’il pouvait, devenir le leader de sa nation. Un exemple illustre bien cette mutation. Entre 2010 et septembre 2016, il a endossé soixante-deux fois le maillot de son pays pour neuf buts marqués. Mais de septembre 2016 jusqu’à aujourd’hui, il a scoré le même nombre de goals (9) en seulement … onze capes. En l’espace de dix huit mois, il a réalisé ce qu’il avait accompli en presque six ans.

« Il est si spécial et nous l’appelons toujours Golazo, parce qu’il est capable de marquer des buts incroyables. » – Mauricio Pocchetino, en conférence de presse à l’issue du récent Chelsea-Tottenham.

En plus de ses nombreux buts, troisième meilleur buteur des qualifications derrière Cristiano Ronaldo (15) et Robert Lewandowski (16), Eriksen a réalisé une excellente campagne de qualifications pour le Mondial russe. Malgré les différents schémas tactiques mis au point par Åge Hareide, où Christian se retrouve parfois en numéro dix en soutien d’un ou deux attaquants, dans une position encore plus avancée, sur l’aile gauche dans un 3-4-3 ou dans l’axe d’un milieu à trois, il a toujours endossé le costume de taulier. Jouant tous les matches de qualifications, il a non seulement fait trembler les filets à huit reprises dont trois penaltys, mais le Danemark n’a même jamais perdu quand sa star a trouvé la faille.

Åge Hareide et son joyau, Christian Eriksen.

Danger N°1 côté danois, le maître à jouer de la sélection nordique voudra continuer sur la lancée des matches de qualifications. Le Danemark a une belle carte à jouer dans un groupe abordable, où la France fait office de favori. Si Eriksen veut vraiment entrer dans la cour des (très) grands, il devra produire des prestations de qualité afin d’asseoir unanimement son talent aux yeux du Monde.


Par Nicolas Wagner – Twitter: @FriulConnection

Un grand merci à Antoine Morin pour l’aide précieuse pour les citations

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