Direction la Norvège pour ce nouvel opus de la rubrique rétro de Nordisk Football. Véritable tour de contrôle offensive, ce buteur élégant a principalement sévi en Tippeligaen et en Grande Bretagne. Tore André Flo a également brillé en sélection, notamment grâce son but décisif contre le Brésil à la coupe du Monde 1998 permettant à la Norvège de sortir du groupe A et gagnant un surnom : « Flonaldo » 

Malgré des débuts prolifiques en Norvège, Tore André Flo a souvent bataillé pour imposer son profil atypique dans le paysage du foot européen. Remplaçant de luxe à Chelsea, il réalise de bons passages aux Rangers et à Sienne. Souvent handicapé par les blessures mais animé d’une vraie passion pour le ballon rond, Flo a arpenté les terrains jusqu’à 39 ans.

Débuts canon en Norvège

Tore André Flo est né en 1973 à … Flo, petit village de la municipalité de Stryn dans le comté de Sogn og Fjordane. Issu d’une famille de footballeurs, ses frères aînés : Kjell Rune, Jostein et Jarle et son cadet Bjarte ont tous joué au ballon. Hormis Jostein (international norvégien de 1987 à 2000), les autres membres de la fratrie ont connu une carrière plus modeste. Principalement en Norvège. Leur cousin Håvard Flo (international également) est passé par le Werder Brême et Wolverhampton.

Après des débuts dans le club local amateur de Stryn, Tore André est repéré par le Sogndal Fotball où jouent déjà ses frères Jostein et Jarle. En mai 1993, à 20 ans, il fait ses débuts professionnels en 1. divisjon, la seconde division norvégienne, par une victoire 5-1 contre Bryne. Ses 16 buts en 22 matchs aident activement le club à atteindre l’élite, la Tippeligaen. Mais le passage de Sogndal est éphémère. Une seule saison avant de redescendre en 1. divisjon. Flo ne marque que cinq buts. Mais il s’envole vers Tromsø.

Avec les Gutan, le longiligne attaquant carbure. Il réalise une très bonne saison. Meilleur buteur du club (18 buts), Tromsø ne parvient cependant pas à bonifier cette réussite au classement. L’équipe se classe à la sixième place (sur 14). Au bout d’une seule saison, Tore André file à Bergen pour rejoindre le SK Brann. Là bas, il découvre l’Europe avec la Coupe des vainqueurs de coupe. Après avoir éliminé le Cercle de Bruges et le PSV, l’aventure s’arrête en quarts de finale par une défaite contre Liverpool.

Tore Andre Flo sous le maillot de Brann. Crédit photo : Historie Brann.

Parallèlement, en championnat, Flo continue d’être très efficace devant le but. Avec 19 buts, il finit sur le podium des meilleurs buteurs de la saison. Mais le début de la saison 1997 est moins brillante pour le buteur. Sûrement perturbé par les nombreuses sollicitations dont il fait l’objet, son rendement est nettement moins brillant. Néanmoins, il tient à soigner ses adieux. Pour son dernier match avec Brann, il signe un hat trick. Histoire de laisser un bon souvenir. Son bilan en Tippeligaen est très flatteur (51 buts en 88 matchs).

Avec les Blues

Malgré un intérêt d’Everton, il s’engage avec Chelsea pour 300 000£. Un montant assez faible en raison de la prochaine échéance de son contrat avec Brann. À Londres, le norvégien ne tarde pas à s’adapter à la Premier League. Son physique n’y est pas étranger. Mais pas seulement. Malgré son mètre quatre vingt treize, TAF est très à l’aise balle au pied avec des qualités techniques élevées, de la puissance, de la rapidité, des déplacements pertinents et une finition clinique aussi bien du droit que du gauche. Gianfranco Zola, son coéquipier chez les Blues, le compare même à Marco van Basten.

«Avant de signer pour Chelsea, il y avait des offres de Southampton et d’Everton et j’étais sur le point de les rejoindre. Quand j’étais adolescent, j’avais deux posters sur mon mur – l’un était Ruud Gullit et l’autre Diego Maradona. Quand Ruud Gullit m’a voulu dans son effectif, ça a été le déclencheur. » – Tore André Flo

Sa première saison est une belle réussite. Il régale devant le but. Mais les deux techniciens successifs (Gullit puis Vialli) ne le voient pas comme un titulaire indiscutable. Il doit subir la concurrence avec Mark Hughes, Gianluca Vialli (entraîneur/joueur) ou Gianfranco Zola. Cela ne l’empêche pas de se montrer décisif. Notamment contre les Spurs avec un hat trick pour une victoire 6-1. Et en Coupe des vainqueurs de coupe dont Chelsea s’empare du trophée contre le VfB Stuttgart. Les Blues finissent quatrième et remportent également la League Cup. Mais Vialli s’entête.

Sans aucun doute, le maillot avec lequel Tore Andre a le plus brillé, celui des Blues. Crédit photo : Chelsea FC.

Pour renforcer son attaque, il recrute Pierluigi Casiraghi en provenance la Lazio. Vialli le titularise en pointe. Flo est alors contraint à débuter les rencontres sur le banc de touche. Même si ses apparitions sont influentes comme contre Blackburn à Ewood Park où il renverse la vapeur grâce à un doublé (mené 3-2, Chelsea s’impose 3-4). Victime d’une rupture des ligaments croisés en novembre 1998, l’Italien ne fait finalement pas beaucoup d’ombre au Norvégien. Le malheur des uns … permet à Flo de commencer dans le XI. Son duo explosif avec Zola contribue à qualifier les londoniens en Champions League pour la première fois de son histoire.

Une nouvelle vague d’arrivée en attaque (Chris Sutton et George Weah) oblige Flo à alterner les titularisations et les passages sur le banc de touche. Pourtant, il conserve de très bonnes stats personnelles et devient meilleur buteur de l’équipe (19). Il profite du turn-over pour empiler les buts en Champions League. Malgré ses trois réalisations lors de la double confrontation contre le FC Barcelone (6-4 ag), cela reste insuffisant pour passer le cap des quarts de finale. Il agrémente son palmarès d’une FA Cup. Mais en 2000, les transferts de Eiður Guðjohnsen et Jimmy Floyd Hasselbaink marquent la fin de son aventure londonienne. Après 163 matchs dont 69 comme remplaçant et 50 goals au compteur, il rejoint en novembre Glasgow contre 12M£. Transfert record pour un joueur norvégien, les Rangers et l’Écosse à l’époque.

Transfert record aux Rangers FC

Avec ce transfert aux Rangers, Flo devient le norvégien le plus cher de l’histoire. Mais surtout il retrouve une place de titulaire. Trois jours après son arrivée, il est directement lancé dans le grand bain. Coïncidence du calendrier, le Old Firm contre le Celtic est au programme. Avec un but et une victoire flamboyante (5-1), il signe des débuts rêvés. Sous les ordres de Dick Advocaat, le norvégien doit être la réponse des Gers à Henrik Larsson, la star du Celtic.

«J’ai essayé plusieurs fois de le récupérer. La dernière fois, c’était en juin. Quand je l’ai appelé, il était toujours impliqué à Chelsea. Depuis, j’ai suivi l’équipe et il n’était pas un titulaire régulier. Mais je pense qu’il va se ressaisir très vite ici. » – Dick Advocaat

Tore André Flo démontre ses grandes qualités de buteur. Dès la première saison, il devient le meilleur buteur du club en Scottish Premier avec 11 buts (en 18 rencontres) et malgré une arrivée tardive. Lors de l’année suivante, le géant scandinave récidive. Il améliore encore un peu plus son total (18). Son palmarès s’enrichit d’une Scottich Cup et d’une League Cup. Néanmoins, au contraire de Henke avec le voisin du Celtic, Flo ne parvient pas à conquérir le cœur des supporters d’Ibrox.

Un passage de Tore Andre Flo aux Rangers qui aurait pu rester dans les mémoires sans l’aspect financier. Crédit photo : Rangers.

Le prix élevé de son transfert et de son salaire ont très certainement grandement impacté les finances du club. Cela a engendré une grave crise économique pour les Rangers. Dans l’obligation de trouver du cash pour renflouer les caisses, le club de Glasgow se résout à céder son buteur. L’offre de Sunderland (8,2M£) est acceptée lors du dernier jour du mercato estival. Si son expérience écossaise n’est pas un échec, ce n’est pas non plus une totale réussite.

Transferts à répétition

À la recherche d’un remplaçant à Niall Quinn, jeune retraité (et futur président du club), le manager des Black Cats Peter Reid a prospecté tout l’été. Il jette son dévolu sur Flo. Les fans et la légende du club Jimmy Montgomery estiment trop élevé le montant du transfert. Pour eux, cela ressemble à un panic buy. Comme nous pouvons en voir souvent lors du deadline day (dernier jour du mercato). Son aventure dans le Nord-Est du Royaume tourne au fiasco. Le rôle de target man (pivot) ne lui convient pas. Trois managers se succèdent sur le banc. Mais Sunderland coule en Championship. Avec la relégation, le club décide de réduire les coûts. Et Flo est autorisé à quitter l’équipe librement.

« Vers la fin de ma carrière, c’est vrai que j’ai peut-être changé un peu trop souvent de club. J’aurais aimé de ne pas jouer pour tant de clubs. Mais, parfois, ça arrive. J’ai apprécié jouer, donc tant que j’ai pu le faire, j’ai continué. » – Tore André Flo 

Après plusieurs expériences au Royaume-Uni, le Norvégien découvre l’Italie et la Toscane. Avec le promu Sienne, Flo montre une étonnante polyvalence. Son entraîneur (Giuseppe Papadopulo) le place en deuxième attaquant derrière Enrico Chiesa. C’est une belle trouvaille. Avec huit buts, il évite la relégation en Serie B. Gêné par des blessures, par l’arrivée d’un nouveau technicien et par une plus forte concurrence, Flo a plus de mal lors de sa seconde saison. En dépit de ses problèmes, il garde cette faculté à marquer des buts décisifs comme lors du derby contre la Fiorentina (1-0). Au terme d’une nouvelle saison marquée par un maintien, et en raison des problèmes d’adaptation de sa famille, il ne prolonge pas et retourne au pays.

En juillet 2005, huit ans après son transfert à Chelsea, il s’engage pour deux ans avec l’un des clubs de Oslo : Vålerenga. Plombé par les blessures, il joue peu (24 matchs en deux saisons). Trop peu pour espérer un nouveau contrat. En janvier 2007, il rebondit en Angleterre, à Leeds. Engagé par son ancien coéquipier à Chelsea Dennis Wise, devenu entraîneur, le contrat de Flo est de 6000£ par semaine et un bonus de 1000£ par but marqué. À nouveau frappé par les pépins physiques, il ne joue que deux matchs. Leeds descend en League One. Mais Flo est conservé dans l’effectif. Les fans l’apprécient beaucoup. En dépit de son temps de jeu restreint. En mars 2008, il annonce sa retraite. Pourtant, dès novembre, il rechausse les crampons avec Milton Keynes Dons de Roberto Di Matteo (encore un ex-coéquipier londonien). Le manager Italien lui attribue le rôle de super sub.

«Je n’aurais jamais cru que je reviendrais jouer au football, mais quand j’étais à la maison, ça me manquait beaucoup. Ma femme m’attend depuis des années à la maison, mais je pense qu’elle sait que je suis plus heureux quand je peux jouer au football. » – Tore André Flo 

MK Dons arrive jusqu’en play-offs pour la montée en Championship. Mais Scunthorpe remporte le duel aux tirs au but après deux nuls consécutifs. Tore Andre Flo est libéré par les Dons. Pendant un an et demi, Flo est retiré du monde du football. Mais il n’en a pas encore assez. En 2011, il rejoint son premier club pro : Sogndal Fotball, néo-promu en Eliteserien. C’est un choix familial. En effet, ses neveux Per Egil et Ulrik Flo (les fils de Kjell Rune) sont présents dans l’effectif. Et son cousin Håvard Flo est sur le banc. Si Tore André n’a plus ses jambes de 20 ans, sa technique de balle n’a pas bougé. Il prend part à deux exercices avant de raccrocher définitivement ses crampons. À 39 ans dont 19 ans de carrière pro.

Les Løvene

Dès le début de sa carrière, TAF connait les honneurs de la sélection nationale. Dans un premier temps, avec les U21. Pendant deux ans, il défend les couleurs de son pays à vingt-huit reprises pour quinze buts. Puis en octobre 1995, il endosse la tunique de l’équipe A contre l’Angleterre en match amical. Peu après, il inscrit son premier but international contre Trinité-et-Tobago. En mars 1997, lors d’un déplacement amical aux Émirats Arabes Unis, l’attaquant réalise son premier hat-trick à Dubaï. Mais la véritable confirmation internationale intervient quelques semaines plus tard.

La Norvège accueille le Brésil à Oslo. Les Sud-américains boivent la tasse. Ils repartent avec un cinglant 4-2 dans leur valise. Auteur d’un doublé, Tore André devient pour les médias norvégiens : « Flonaldo ».  Ses bonnes prestations (4 buts en 8 parties) se poursuivent lors de la campagne de qualification au Mondial 98 en France. La Norvège décroche son ticket. C’est la troisième campagne mondiale pour le pays après 1938 et 1994 (la dernière encore jusqu’à ce jour). Opposée au Brésil, à l’Écosse et au Maroc, la Norvège est contrainte à l’exploit contre la Seleção après ses deux nuls inauguraux (2-2 et 1-1).

«La Norvège se qualifie rarement pour la Coupe du monde et quand elle le fait, c’est très dur de passer la phase de groupes. On a réussi ça quand on a battu le Brésil. Tout le monde en Norvège est devenu fou, l’a célébré et continue de parler de ça encore aujourd’hui. » – Tore André Flo 

Le but de la tête de Bebeto sur une offrande de Denílson rend la tâche encore plus difficile. Mais Flo est déterminant. Lancé en profondeur, il résiste au retour du défenseur. Il le crochète pour se remettre sur son pied droit et trompe Taffarel d’une frappe croisée. Le buteur a encore des grosses opportunités. Véritable poison pour la défense et Júnior Baiano, il obtient un penalty pour un tirage de maillot transformé par Kjetil Rekdal pour le 2-1 de la victoire et la qualification en huitièmes de finale. La Norvège est ensuite opposée à l’Italie. Et comme en 1938, lors de la précédente édition organisée en France, la Nazionale élimine les Løvene (1-0). Néanmoins, Flo fait frissonner les tifosi avec une tête sauvée sur la ligne par un Pagliuca inspiré comme Dino Zoff en 1982.

Flo aide son pays à atteindre l’Euro 2000 avec cinq buts en qualification. Mais muet lors du tournoi, la Norvège sort dès le premier tour. Ce sera la dernière compétition internationale pour Flonaldo. Pendant quatre années, il ne trouve plus le chemin des filets en sélection. Une longue traversée du désert. Le 22 mai 2003, il débloque son compteur en amical contre la Finlande. Et le 18 août 2004, il porte le maillot rouge pour la dernière fois contre la Belgique. Au total, Flo a représenté la Norvège à 76 reprises et a marqué 23 buts. Ce total le place au quatrième rang des meilleurs buteurs nationaux, à égalité avec un autre serial buteur : Ole Gunnar Solskjær.

Reconversion

En juin 2010, avant d’avoir tiré son ultime révérence, Tore André s’associe à Sean Faulkner pour la création de sa propre académie de football en Angleterre. Elle propose des sessions dans différentes écoles, clubs et complexes sportifs, des camps de vacances et un centre d’excellence pour les enfants de 5 à 17 ans. D’abord implantée dans la région du Berkshire, l’académie s’est développée dans les comtés de Hampshire et Surrey.  TAF est très impliqué avec l’élaboration pratique des sessions et avec la direction de certains entraînements. Il n’hésite pas à partager son expérience du très haut niveau.

« Ça m’intéressait d’apprendre aux jeunes ce que j’ai appris tout au long de ma carrière. Chelsea est un club pour lequel j’ai adoré jouer. Ils m’ont donné une belle opportunité d’entraîner au sein de l’académie et de représenter le club en tant qu’ambassadeur. Je ne peux pas rêver d’un meilleur rôle. » – Tore André Flo 

Recruté en 2013 par son ancien club de Chelsea, il prend en charge différentes équipes de jeunes (U14, U15, U16) à Cobham. Parfois, il s’occupe spécifiquement des attaquants. En 2017, il change de costume pour devenir observateur des nombreux joueurs en prêt et ambassadeur des Blues dans le monde.

Tore André Flo lors des entraînement des U14 de Chelsea. Crédit photo : Premier League.

Attaquant sous-côté mais efficace, Tore André Flo a réalisé une belle carrière. Le norvégien a traversé l’Europe. De son pays natal à l’Angleterre en passant par l’Écosse et l’Italie, il laisse l’image d’un très grand professionnel. Souvent condamné au rôle de remplaçant de luxe en club malgré une technique et une élégance rare pour son imposant gabarit, Flo a brillé avec la sélection. Notamment contre le Brésil. Cela lui a valu son surnom en référence au buteur auriverde Ronaldo. Un hommage mérité.

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