Après Preben Elkjær-LarsenMichael et Brian Laudrup, l’équipe de Nordisk Football continue d’explorer le passé dans sa rubrique rétro. Cette fois, direction la Finlande pour évoquer la carrière du « Kuningas » : Jari Litmanen.

Largement considéré comme le meilleur footballeur finlandais de tous les temps, la carrière de Jari Litmanen n’a pourtant pas été à la hauteur de son immense talent. Malgré des débuts remarqués au pays et une aventure rayonnante à l’Ajax, le n°10 finnois n’a pas confirmé ses excellentes prédispositions. La faute à des blessures à répétition et à la faible envergure de son pays sur la scène internationale.

L’éclosion

Jari Litmanen est né au tout début des 70’s à Lahti, en Finlande. Ses parents Olavi et Alice lui donnent le goût pour le football. En effet, tous deux pratiquent ce sport au haut niveau. Papa (international finnois) et maman Litmanen évoluent à Reipas Lahti (devenu le FC Lahti en 1996 après la fusion du Reipas et du Kuusysi). Et naturellement, dès 1977, le fiston prend une licence dans le même club que ses parents. Tout en continuant le hockey en parallèle jusqu’à ses 14 ans.

« C’est plus logique de choisir le hockey sur glace en raison des conditions météorologiques, de la tradition et de l’histoire, mais mon cœur était plus tourné vers le football. C’était facile de choisir le football quand il fallait choisir l’un des deux, mais difficile de quitter le hockey sur glace. » Jari Litmanen

Pendant dix ans, il développe ses aptitudes avec les équipes de jeunes. Mais tout s’accélère en 1987. C’est encore un adolescent (16 ans) mais le coach de l’équipe première n’hésite pas plus longtemps. Et Jari fait ses grands débuts en Mestaruussarja, l’ancienne version de la Veikkausliiga (division 1 finlandaise). Il passe quatre saisons dans son club formateur avant de rejoindre le plus grand club finlandais : le HJK Helsinki. Dans la capitale, Litmanen rejoint une équipe de haut standing. La plus titrée du pays (29 aujourd’hui, à l’époque 17).

Le jeune Litmanen à l’HJK. Crédit photo : ess.fi.

Cependant, lors de sa seule saison sous les couleurs du Klubi, Jari n’obtient pas la précieuse couronne de champion. Ses stats sont pourtant excellentes (16 buts en 27 matchs). Mais insuffisantes. Helsinki termine à la cinquième position. Loin du leader. À nouveau transféré, il rejoint Myllykosken Pallo-47. Ou plus simplement MyPa. Sous la direction de Harri Kampman, le néo promu produit une belle saison récompensée par la victoire en coupe de Finlande (2-0 contre FF Jaro). Litmanen y joue un rôle déterminant en marquant un but lors de la finale. Sa prestation achève de convaincre le scout de l’Ajax Amsterdam, venu l’observer une nouvelle fois.

Une adaptation compliquée

Convaincu par ses qualités, et de la faible représentativité de la Veikkausliiga, Litmanen doit partir pour continuer de grandir. Sans attendre les offres des clubs européens, il force son destin en participant à plusieurs essais. Il écume ainsi le Vieux Continent en quête d’un contrat. Direction l’Angleterre (Leeds United), la Belgique (Racing Genk et Germinal Beerschot), l’Espagne (FC Barcelone), les Pays-Bas (PSV), la Roumanie (Dinamo Bucarest), la Suède (IFK Göteborg et Malmö FF) et la Suisse (Neuchâtel Xamax). Sans succès. Jusqu’à ce test avec l’Ajax. 

Les Godenzonen cherchent un successeur à Dennis Bergkamp, sur le départ. Ils suivent de près le jeune finlandais, via Anton Pronk, le scout présent à la finale de coupe de Finlande. Satisfait par son essai, Louis van Gaal donne son feu vert. Et l’agent de Jari : Heikki Marttinen, présenté à Litmanen par Harri Kampman (son coach à MyPa), finalise (enfin) son transfert vers Amsterdam.

« On s’entraînait à faire des passes, encore et encore. On s’affrontait aussi souvent à six contre trois, avec obligation pour l’équipe de six joueurs de ne faire qu’une ou deux touches de balle. Au bout d’un moment, il y avait un tel niveau sur le terrain que quand de nouveaux joueurs arrivaient, ils nous regarderaient avec la bouche ouverte. » Ronald de Boer

Néanmoins, l’adaptation à sa nouvelle vie est plus difficile que prévue. Dans un premier temps, Litmanen joue principalement avec la réserve de l’Ajax. Louis van Gaal n’est pas vraiment impressionné par sa nouvelle recrue. Mais sur les conseils du kiné de l’équipe, LVG lui donne plus de temps de jeu. Il l’installe dans un rôle de doublure de Bergkamp. Et dès le transfert vers l’Inter Milan du Non-Flying Dutchman bouclé, le technicien annonce même déjà tenir le futur n°10 des Lanciers dans ses rangs.

La belle époque

Suite à cette nouvelle, l’opinion populaire finlandaise semble assez incrédule. Jari Litmanen n’a encore rien prouvé. Mais, avec son numéro 10 sur les épaules, le talent du milieu très offensif va éclater à la face de l’Europe. Pour sa première saison dans la peau d’un titulaire, il s’épanouit pleinement. Pièce maîtresse du système tactique de van Gaal, entre meneur de jeu et neuf et demi, « Litti » donne entière satisfaction. Positionné en soutien de l’attaquant axial, à la pointe haute du losange au milieu, le longiligne nordique d’1M82 sait tout faire. Presser, distribuer, se placer entre les lignes adverses, se projeter vers l’avant et surtout marquer. De nombreux buts. Et des beaux. Il mène son club au titre de champion en inscrivant 26 buts. Meilleur buteur de Eredivisie, il est nommé Footballeur de l’année 1993. C’est le début de la période dorée pour le club amstellodamois.

Jari Litmanen avec le trophée du titre 1995 devant son public. Crédit photo : Ajax.

« Dennis Bergkamp était brillant à l’Ajax, mais le meilleur numéro 10 qu’on ait jamais eu, c’était Jari. » Frank Rijkaard

À la tête d’une génération dorée, mélangeant expérience avec Danny Blind, Frank Rijkaard et jeunesse décomplexée avec Winston Bogarde, Edgar Davids, Frank et Ronald de Boer, Finidi George, Nwankwo Kanu, Patrick Kluivert, Marc Overmars, Michael Reiziger, Clarence Seedorf et Edwin van der Sar, van Gaal remporte plusieurs titres. Organisé en 3-4-3 modulable, l’Ajax  reste invaincu en Eredivisie pendant 52 matchs et en Ligue des champions pendant 19 matchs. Invincibles.

L’apogée de cette période reste la finale de Ligue des Champions, remportée à la surprise générale face à l’AC Milan de Capello et son équipe de rêve (Rossi; Panucci, Baresi, Costacurta, Maldini; Donadoni, Desailly, Alberini, Boban; Massaro, Simone). Dans une rencontre très tactique, Kluivert délivre les siens sur une passe de Rijkaard (ancien milanais) pour décrocher ce quatrième succès européen pour l’Ajax. À cette occasion, Jari devient le premier joueur finlandais à remporter cette compétition.

La saison suivante, ils parviennent encore finale contre une autre équipe italienne : la Juve. Mais, malgré l’égalisation de Litmanen, ils échouent dans la conservation de leur couronne (1-1, 4-2 tab). Pendant sa période hollandaise, le finlandais obtient deux surnoms : Merlin pour sa capacité à apporter de la magie sur le terrain et « The Man of Glass » (l’homme de verre) pour sa propension aux blessures. En six saisons, il manque 57 matchs sur un total de 204 en championnat et en trois saisons, 7 sur 24 en Europe. Malheureusement pour lui, ce n’était que le début de ses pépins physiques.

Jari Litmanen véritable légende sous le maillot ajacide. Crédit photo :
Ajax.

Les échecs

Après sept années fastes aux Pays-Bas, Litmanen rejoint van Gaal en Catalogne. Mais son passage au Barça tourne au fiasco. Handicapé par de nombreuses blessures, il ne retrouve pas son niveau de l’Ajax. La presse s’interroge. The Observe le compare au Pape Jean-Paul II :  » Il fait peu d’apparitions et paraît à chaque fois plus frêle.  » Lâché par son entraîneur, LVG le dézingue publiquement et déclare :

« Les joueurs ne comptent pour rien, l’équipe est tout. J’attache plus d’importance au caractère d’un joueur qu’à ses qualités sur le terrain, et surtout à sa volonté de tout donner à la cause. Il y a des joueurs incroyablement talentueux qui n’ont pas le caractère ou la personnalité qui convient à mes méthodes. Litmanen, par exemple, était un joueur différent à l’Ajax. Il faut s’adapter à une nouvelle culture lorsque l’on change de club, ce qui n’est pas le cas de tous les joueurs. »

Le remplacement de van Gaal par Lorenzo Serra Ferrer (à la fin de la saison) ne change rien. Il perd son n°10 au profit de Rivaldo et en janvier 2001, il s’engage gratuitement avec Liverpool. Le manager français Gérard Houiller s’enthousiasme de son arrivée. Contrairement à son expérience espagnole, Jari s’adapte bien en Angleterre. Mais une fracture du poignet l’éloigne des terrains et le prive de toutes les finales disputées par le club en fin de saison. Puis, lors de la saison suivante, l’ex-entraineur du PSG va utiliser Litmanen avec parcimonie. Ce management est incompréhensible pour le n°37 des Reds. D’autant plus qu’il marque des buts importants contre Tottenham, Arsenal, Aston Villa et Fulham en championnat ou le Dynamo Kyiv, la Roma et le Bayer Leverkusen en Europe.

Le duo Litmanen – Houiller prometteur sur le papier mais pas dans les faits. Crédit photo : Liverpool.

« C’est étrange qu’il ait été si content quand il m’a signé et qu’il a décidé de ne pas m’utiliser. Je ne peux pas l’expliquer moi-même. » Jari Litmanen

Houiller invoque des difficultés à l’entraînement à cause de problèmes à la cheville et émet des doutes sur sa capacité à enchaîner 90 minutes semaine après semaine. Mais encense son joueur avant son départ du club :  » J’ai laissé Jari partir parce que j’ai toujours cru qu’il avait un grand potentiel qui pourrait profiter à d’autres équipes. Quand nous avons eu des moments difficiles, il a été là pour nous, notamment avec des buts contre Fulham, Sunderland, l’AS Roma et dans d’autres matchs cruciaux. Il manquait d’opportunités dans l’équipe mais j’ai vraiment aimé la réaction des joueurs de l’Ajax envers Jari quand je l’ai vendu ! « 

La fin de parcours chaotique

Blacklisté à Liverpool, Litmanen veut se relancer dans son ancien club. Là où il a tant gagné. Recruté par Ronald Koeman, il est acclamé par plus d’un millier de fans de l’Ajax. Sa mission est simple : encadrer la nouvelle vague talentueuse issue du centre de formation composée de Steven Pienaar (20 ans), Wesley Sneijder (18 ans) et Rafael van der Vaart (19 ans). Mission réussie. Litmanen redevient l’un des joueurs clés de l’équipe. Cette saison-là, l’Ajax atteint les quarts de finale de la Ligue des champions. Mais le spectre de la blessure revient le hanter. Il manque une grande partie de la saison suivante, passée sur la touche, et voit l’émergence d’un autre talent scandinave : Zlatan Ibrahimović. 

Laissé libre à la fin de son contrat, il rentre en Finlande. Ce retour au FC Lahti est salué au pays comme le retour du Roi. Mais six mois plus tard, il signe au Hansa Rostock pour éviter la relégation. La descente en Buli 2 met un terme à son aventure allemande. En 2005, il découvre le championnat suédois en s’engageant avec Malmö FF. Et encore une fois, son physique le trahit. Malgré une prolongation de contrat, il le rompt en juin 2007. En janvier 2008, l’ancien sélectionneur finlandais Roy Hodgson lui offre un essai avec son club de Fulham. Il signe lors de l’ultime journée du mercato hivernal. Ennuyé par des problèmes cardiaques, il ne dispute aucun match avec l’équipe première et il est libéré en mai 2008.

« Litmanen est le type le plus malchanceux que j’ai rencontré dans le football. Quand je suis arrivé pour la première fois à la fédération finlandaise, il se tenait à côté de son directeur sportif à Malmö, qui a ouvert une canette de Coca-Cola et l’anneau d’ouverture est arrivé dans l’œil de Jari. » Roy Hodgson

Le FC Lahti l’accueille à nouveau. Débarrassé de ses problèmes physiques et en dépit de son âge avancé, Litmanen (37 ans) joue un rôle important en aidant son équipe à se qualifier pour l’Europe. Une première. Son passage à Lahti est intéressant. Néanmoins, son équipe est reléguée fin 2010. Mais ce n’est pas encore l’heure de la retraite. Il s’offre une dernière pige d’un an au HJK. Litmanen devient l’un des rares footballeurs à avoir joué au niveau professionnel lors de quatre décennies différentes (1980-2010). Joker de luxe, il rentre pour débloquer la situation. Et s’adjuge un doublé Coupe/Championnat pour sa dernière saison professionnelle. Pour son 200ème et dernier match de championnat (et de sa carrière), il donne trois passes décisives lors de la victoire du HJK sur Haka (5-2). 

Avec les Huuhkajat 

À l’instar d’un Ryan Giggs avec le Pays de Galles ou d’un Andriy Chevtchenko avec l’Ukraine, Jari Litmanen a souvent été le seul joueur à surnager au sein d’une sélection limitée. Un peu en marge des autres nations scandinaves, la Finlande ne s’est jamais qualifiée pour une phase finale de la Coupe du Monde ou des Championnats d’Europe malgré sa longue histoire.  

« Jari Litmanen devrait être rendu obligatoire. » Ron Atkinson, ancien joueur et manager anglais.

Avec une carrière s’étalant sur plus de deux décennies (de 1989 à 2010), Litmanen a été le leader charismatique de son pays. Capitaine à partir de 1996, il ne rend son brassard qu’en 2008. Sous la houlette de Roy Hodgson, et de son joueur emblématique, la Finlande connait une nette progression au classement mondial. Ils parviennent à décrocher des résultats inattendus face à des adversaires mieux armés. 

Après quelques années de mauvais résultats, ils tombent au 110ème rang du classement de la FIFA, le plus bas de leur histoire. Cependant, à l’automne 2017, la Finlande commence à redresser la barre et occupe désormais la 58ème place. En novembre 2010, Litmanen devient le plus vieux joueur de l’histoire de la Finlande et aussi le plus vieux joueur à marquer un but lors des qualifications du Championnat d’Europe en convertissant son penalty contre San Marin (8-0). Au total, Jari détient le record du plus grand nombre de capes (132) et de buts (29) avec les Huuhkajat.  

La carrière de Jari Litmanen aurait pu, aurait dû être encore plus belle. Plus grande. Néanmoins, son passage à l’Ajax et son implication avec la sélection ont marqué les esprits. Litmanen est notamment l’un des trois joueurs présentés dans une vidéo rétrospective à l’Ajax Museum. Les deux autres joueurs sont Marco van Basten et Johan Cruyff.  

Jari Litmanen et sa statue à Lahti, le premier sportif finlandais à en avoir à son effigie. Crédit photo : ad.nl.

Statistiques :

1987-1990 – FC Lahti : 98 matchs, 30 buts

1991 – HJK : 29 matchs, 16 buts

1992 – MyP 47 : 24 matchs, 11 buts

1992-1999 – Ajax : 226 matchs, 129 buts

1991-2001  FC Barcelone : 32 matchs, 4 buts

2001-2002 – Liverpool : 43 matchs, 9 buts

2002-2004 – Ajax : 31 matchs, 7 buts

2004 – FC Lahti : 13 matchs, 3 buts

2005 – FC Hansa Rostock : 14 matchs, 1 but

2005-2007 – Malmö FF : 12 matchs, 3 buts

2008-2010 – FC Lahti : 53 matchs, 12 buts

2011 – HJK : 22 matchs, 2 buts

1989-2010 – Sélection finlandaise : 137 sélections, 32 buts. Meilleur buteur et recordman de la sélection

Palmarès :

5 Eredivisie : 1994, 1995, 1996, 1998, 2004

3 coupe des Pays-Bas : 1993, 1998, 1999

3 Supercoupe des Pays-Bas : 1993, 1994, 1995

1 Ligue des Champions : 1995

1 Coupe intercontinentale : 1995

1 Supercoupe de l’UEFA : 1995

3e au Ballon d’Or : 1995

1 Coupe de l’UEFA : 2001 à Liverpool

1 FA Cup : 2001

1 championnat finlandais : 2011 à l’HJK

2 Coupe de Finlande : 1992 (My Pa-47), 2011 (HJK)

9 fois Joueur finlandais de l’année : 1990, 1992 à 1998 et 2000

7 thoughts

    1. Merci Nico pour ce retour. On va axer sur les joueurs de légendes donc content si ça ta plu, en effet trop méconnu surtout avec sa superbe saison 95 il mériterait plus d’éloges. Même si le fait qu’il n’est pas disputé de compétitions internationales avec la Finlande et la suite de sa carrière après l’Ajax fut plus compliquée…

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